‹ Gonzalve de Cordoue; ou, Grenade reconquiseChapitre 121 sur 135 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

pourrait bientôt réunir ma faible dépouille à celle d'Âbenhamet , pénétrait mon âme de joie; mais la crainte d'être rencontrée dans ces bois voisins ,de la ville , la frayeur de tomber encore dans les mains barbares de Boabdil ,' me forcèrent d'aller chercher une retraite plus cachée. Je n'osai marquer cette tombe autrement que par mes larmes : j'étais sûre de la retrouver , comme Toiseau dans les forêts retrouve toujours l'arbre de son nid. Inès découvrit ces rochers , Inès j fixa ma demeure. Elle rassembla ce toit de roseaux , elle disposa la simple retraite où je vous reçois aujourd'hui. Les fruits sauvages qu'elle va cueillir suffisent à notre nourriture; les eaux de la source nous désaltèrent. Elle dort sur ce lit de jonc , je pleure sur ces feuilles sèches ; et , tous les soirs , lorsque les ténèbres peuvent cacher mes timides pas , je vais sur la tombe d*Abenhamet donner 2î sa mort des larmes nouvelles , répéter les anciens sermens que mon cœur n'a jamais trahis^ et demander au Dieu tout-puissant d'abréger mon trop long

supplice Retenez vos pletirs^ , généreux

Lara; ce Dieu m'exaucera bientôt. J'ai l'espoir, j'ai la ceititude d'être dans peu rejointe à celui de qui j'ai causé le trépas. Il m'est doux do vous voir encore avant cet instant

a36 GONZALVE DE CORDOira.

désiré , de vous parler de ma reconnaissance , de m'informer à yons-mêmc si vos vertus vous donnent le bonheur.

Hélas ! lui répond Lara , ce n'est pas aux âmes sensibles que le bonheur doit appartenir. L'amour a causé vos maux , Tamitié seule cause les miens. Séparé long-temps de Gonzalve, de ce héros si fameux, si respecté de lunivers , si chéri de mon tendre coeur , je le revojais, j'étais avec lui : Gonzalve a dbparu tout à coup. On ignore sa destinée. Des bruits sourds se sont répandus que les Maures l'ont fait pii&onnier. Je ne crois point ces Êiusses nouvelles. Gonzalve n'est pas un guerrier que l'on puisse rendre captif . Blessé moi-même, souffi^nt et me soutenant avec peine , je suis à la recherche de mon ami. J'irai , s*ii le faut , jusque dans Grenade , où je tremble qu'un funeste amour ne l'ait peut - être conduit. J'irai , non défendre sa vie , ma faiblesse m'en ôte l'espoir , mais partager ses périls , mais da moins mourir avec lui.

O ciel! s'écrie alor» Inès, vous ^vénétres mon cœur de brainte. Apprenez ce que, ce soir même , m'a dit un pâtre de ces montagnes s Gardez-vous , Inès , gardez- vous d'aller à la fbrét des larmes! elle est remplie de soldats armés. Ils sont au tombeau d'Almanzor, où l'ea

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