LIVRE X. a
doit immoler demain le plus cruel, le plus terrible, le plus redouté des Chrétiens. Le pâtre ii*a pu s'expliquer davantage. Zoraîde n'a pas osé sortir, et je tremble que le grand Gonzalye ne soit le héros dont il m'a parlé.
Inès n'avait pas achevé, Lara tremblant appelle Pedro. Il redemande ses coursiers : lo vieux serviteur les amène. Lara peut à peine faire ses adieux à la malheureuse reine; il monte à cheval précipitamment, et, guidé par l'aimable Inès, qui montre au vieillard un sentier ÙLcile , il vole à la forêt des larmes.
L'orient commençait h. se teindre de pourpre , lorsque Lara ^ déjà dans le bois , aperçoit à travers les arbres des flambeaux , des sabres, des lances. Il presse sa course, arrive hors d'haleine , se précipite au milieu des soldats ,
et Toit juste ciel! quel spectacle! son ami
chargé de chaînes , appujé contre le tombeau. Sa tête nue était courbée, le fer déjà levé sur
elle , Mulei ordonnait de frapper Lara
jette des cris perçans, s'élance de terre, retient le glaive ; et s'adressant à Mulei étonné :
Père malheureux , dit-il avec l'accent énergique de la vertu , de l'amitié , tu veux venger la mort de ton fils; j'approuve ta juste vengeance; mais répands ici le sang du coupable, et ne ternis point en un jour l'éclat de ta
a38 GONZALVE DE CORDOUE.
longue carrière par le sacrifice d'un innocent. Gonzalye , ^e tu y as frapper , ne combattit point le brave 'Almanzor; j'en atteste les mânes de ce héros , qui m entend du fond de sa tombe ; j'en atteste le Dieu du ciel , les rois et les chefs castillans. C'est moi , moi seul , qui triomphai du plus redoutable des Maures; c'est moi qui , tombant sous ses coups , lui portai le coup de la mort. Je pris les armes de Gonzalye; je profitai d'un moment d'absence pour abuser les jeux de ton fils , pour tromper ceux des deux armées, pour m'éprouver contre un guerrier dont la gloire me rendait jaloux. Roi de Grenade, tu connais mon crime; je ne viens -jue ponr l'expier. Connais k présent ce qu'a fait Gonzalve, et qu'il en reçoive le prix : c'est lui qui livra le corps de ton fils à ces Alabez qui m'écoutent ; c'est lui qui te rencontra seul , attaqué par quatre Espagnols , qui te sauva de leur fureur, te donna •on propre coursier, t'ouvrit le chemin de Grenade. Mulei , tu sais tout à présent ; que ta justice prononce.
Elle a prononcé, interrompt Gonzalve; son arrêt est irrévocable. Maures , ne crojcx point ce héros : c'est mon ami , c'est mon frère d'armes. Il ne s'accuse que pour me sanvcr. C'est moi qu 'Almanzor défia; c'est moi