LIVRE X. 23j
qui dus lui donner la mort. Vengez-vous , hâtez mon supplice , mais épargnez le généreux Lara. Souvenez -vous que ça valeur sauva du bûcher Zoraîde; souvenez - vous , braves amis des malheureux Abencerrages , que Lara vainquit les Zégris. Rendez -lui le respect , Thonneur que tout mortel doit à ses vertus*; admirez, sans le croire, le mensonge sublime de son amitié. Et toi, Lara, pardonne à ton frère de leur dévoiler tes desseins.
A ces mots, Mulei et les Alabez ordonnent à Lara de se retirer. jN^on , s'écrie-t-il avec désespoir, vous n'achèverez pas le crime; vous serez moins barbares que cet ingrat. Eh! ne VO^ez-vous pas qu'il dcsire la mort , qu'il ne tremble que pour son ami ? Maures , j'en jure par l'Éternel , je sxiis le meurtrier d Almanzor, je suis celui quil làut immoler. Si vous en doutez encore, si votre haine pour Gonzalve rend inutiles mes sermens , rappelezvous ce combat funeste dont vous avez été témoins; souvenez - vous que le vainqueur resta couché sur la poussière , étendu , baigné dans son sang, et reconnaissez ce vainqueur... Approchez, vojez mes blessures, regardez ce sein tout sanglant. Voilà les coups de votre Almanzor , voilà comment je suis échappé de
a4o GONZALVE DE CORDOUE.
ses redoutables mainis , voilà les témoignages récens de ma douloureuse victoire : ce cruel ne peut les montrer.
Il dit , découvre sa poitrine , déchire ses voiles, fait voir ses blessures, et demande à jgenoux la mort. Gonzalve , îiors de lui-même , serre dans ses bras son ami , Tinonde, le couvre de larmes , veut parler , persiste encore k se déclarer seul coupable ; Lara l'interrompt par ses cris.
Mulei était vertueux , les Alabez n'étaient pas des barbares. Ils sont attendris , ils pleu> rent eux-mêmes de ce combat de l'amitié. Le vieillard ne peut résister aux mouvemens de son âme; il lit dans les yeux de ses compagnons le conseil qu'il doit adopter. Il fait détacher les fers de Gonzalve , commande k Lara de se relever, et fixant sur les deux héros des regards remplis de tristesse :
L'un de vous , dit-il, a tué mon fils, je veux ignorer le coupable ; l'un de vous a sauvé mes jours , je veux les devoir à tous deux. Je m'acquitte d'un bienfait horrible en vous rendant une liberté qui sera funeste pour ma patrie ; mais je crois entendre la voix xl'Almanzor me l'ordonner dans ce moment. Allez, mocLèle des amis , que j'admire et que je déteste , allez dire à vos Espagnols que c'est pour mieux venger