LIVRE X
mon fil», pour honorer plus dignement sa cendre , que j'ai sacrifie ma haine au désir de lui ressembler. Si ce bienfait de ma part tous laisse quelque reconnaissance , tremblez d'attaquer jamais des remparts où je dois périr. Je jure ici par le nom de Dieu , par celui du héros que je pleure , que vous me trouverez sur la brèche , que partout , devant vos épées / j'irai vous offrir le vieillard qui sauve aujourd'hui TOtre vie, et que vous n'entrerez dans Grenade qu*en foulant aux pieds , toi , Lara , le libérateur de Gonzalve , toi , Gonzalve , le malheu^ reux père de la sensible Zuléma.
En achevant ces mots, sans s'arrêter, sans vouloir entendre les àenx. héros , Mulei part avec les Âlabez. Gonzalve et Lara 8*embrassent encore ; ils ne peuvent croire qu'ils sont réunis , ils se font de tendres reproches. Le bon Pedro , qu'égare sa joie , vient mêler ses pleurs à leurs douces larmes. Il donne son coursier à son maître , et prend avec eux le chemin qui doit les conduire à Santa-Fé.
O quels transports, quelle ivresse excite leur retour à l'armée ! Les soldats , en les revoyant, oublient leurs derniers malheurs , les deux héros leur sont rendus ; désormais ils sont invincibles. Alaroar, les Âbencen*ages ne leur inspirent plus d'efiroi. Grenade est prise
Gjntalve. 2. S^ *
»4s 0ONZAEVE DE CORDOUE.
dès ce moment , rien ne peut plus retarder sa chute , et tous demandent à grands cris de marcher aussitôt aux remparts.
G onzalye, flatté de leur confiance , approuve et ressent cette même ardeur. Occupé sans cesse de Zuléma , des périls où il l'a laissée , il tremble que le furieux Âlamar ne se porte aux derniers excès. Il brûle de se Yoir aux mains ayec cet odieux rival , de délivrer la terre d'un monstre dont le nom seul inspire l'horreur. Mais la menace faite par Mulei de se présenter partout à Gonzalve , de couvrir toujours de son corps la brèche qu'il attaquera , vient glacer le héros /sensible , et le force à redouter l'assaut.
Tandis qu'il projette avec son stmi de défier /e prince Afi'icain , de raturer \iors de ses murailles, le roi Ferdinand vient les interrompre, et leur adresse ce discours :
Jeunes héros , l'honneur des' Espagnes , je n*ose me plaindre du sort qui ne me permet pas de vaincre sans vous ; mais ce sort me fait une loi de vous séparer de nouveau. Les'Aben» cerrages , maîtres de Garthame , sont venus combattre jusque sous ces murs ; ils peuvent revenir encore. Avant que je porte les dernien coups à ces tours chancelantes , il faut s'em* parer de Garthame ; U faut détruire ou rendit captif tout ennemi qui peut nous troubler.