‹ Gonzalve de Cordoue; ou, Grenade reconquiseChapitre 125 sur 135 · LIVRE X. a · texte numérisé non relu

LIVRE X. a

Gonialre , je vous ai choisi pour cette importante conquête : les blessures du vaillant Lara lui défendent de vous accompagner ; prenez l'élite de mes guerriers , marchez avec eux vers €arthame , je vous laisse maître de tous les mojens qui vous livreront ses remparts : apportez-moi ses clefs dans six jours , ce terme doit suffire à Gonzalve ; je l'ai fixé , non sur la force de la place , mais sur les talens de mon général.

Gonzalve sent renaître à ces mots son ardente passion pour la gloire : il promet au roi d'obéir, il partira dès le lendemain. Son amour gémit en secret de s'éloigner de Grenade; mail sa valeur lui fait espérer de revenir avant les six jours. Il connaît les affreux rochers qui de toutes parts défendent Carthame ; il sait qu'une surprise seule peut lui livrer ces monts escarpés. Déjà , méditant un dessein qui doit assurer sa victoire , il demande pour l'accompagner les fidèles Âsturiens.

Six mille fantassins lui suffisent*; mais Gon« zalve les a choisis. Tous sont nés dans les Pjrénées ; tous ont été pâtres , chasseurs dans les gorges , dans les précipices des montagnes d« Liévana. Là , sur les rocs cachés dans les nues, sur les pointes brillantes des glaces , sur W sommets inaccessibles où la neige , changée eft

«44 GONZALVE DE CORDOUE. diamans , braye de près les feux du soleil , ils ont poursuiTi dès l'eâfance les aigles et les chamois. Couverts seulement d*ane peau de loup , dont la gueule leur sert de masque , ils portent une large ceinture à laquelle pendent trois crochets d'acier ; leurs pieds sont armés de griffes de fer, leur main droite d'un dard à deux pointes. Deux poignards aigus sont à leur côté , une longue fronde autour de leur tête. Hardis , légers , infatigables , tous d*une haute stature , d une force aundessus de leur taille I on les prendrait pour ces fiers géans qui tentèrent d'escalader les cieux.

Le brare Pegnaflor les commande ; Pcgna^ flor dont les ancêtres combattirent arec Pelage (i) , et qui n'a point dégénéré de leur ancienne yaïeur. Cette troupe si redoutable, glorieuse de se yoir choisie par le magnanime Gonzalye^ se range sous l'antique drapeau des premiers rois de l'Espagne; elle n*attend plus que son général. Il parait , suiyi de Lara , qui gémit de le perdre encore ; il lui fait de tendres adieux , le presse contre sa poitrine , et ctonne le signal du départ

(i) Les exploits et la victoire d*une poignée de Cantabres retirés avec Pâage dans la cayeme d^ Cavagocd« sont célèlnres dans l'histobe d'£spt^c<

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