LIVRE X
jours de vivres, et, dès que la nui t'est venue , il part avec ses guerriers.
Gonzalve donne cette nuit et le lendemaia au repos. Il a calculé le circuit que doit par* courir Pegnaflor, les obstacles qu'il peut rencontrer, le moment de son arrivée. Inquiet, privé du sommeil , il passe la seconde nuit sur la colline , les jeux attachés au rocher. Rien ne parait , tout est tranquille. La lune brille dans le ciel : sa lumière 'devient favorable aux travaux des Asturiens ; elle doit hâter leur succès ; mais le héros craint et soupire. Enfin, avant l'aube du jour, il voit les trois feux allumés. Il jette un cri d'allégresse , court à sa troupe, fait sonner l'alarme, range ses soldats, et marche au sentier.
Il passe le torrent à la nage , à la tête de se» Asturiens. Les Abencerrages , au premier bruit, volent à leurs créneaux en armes. Une nuée de flèches vient tomber au pied du héros. Seul , Couvert de son bouclier, il s'avance^ monte sur une roche , coupe une branche d'olivier sauvage, Télève au-dessus de sa tête, fait figue qu'il demande à parler.
Aussitôt le brave Zéir ordonne à ses frères de retenir leurs flèches. Les portes de la ville s'ouvrent; Omar, suivi de plusieurs guerriers, descend par le sentîei r^ipide, marche fière-
«4S GONZALYE DE COKDOUE.
ment yen Gonzalye ; mais , reconnaissant tout à coup ses traits, il s'arrête, hésite, balance, et ne sait plus s'il doit lentretenir.
Approche, lui dit le hériê : j'éprouyai jadis ton courage ; il doit te répondre de mon estime. Je ne yiens poinjt ici combattre pour les intérêts de mon cœur; je yiens, au nom de Ferdinand , yous oSriv une paix nécessaire , une paix digne des Abencerrages , et dont cette noble tribu peut me dicter les conditions. Je suis le maître du traité. . . .
Tu ne l'es pas de Garthame , interrompt Omar d'une yoix altière ; et Grenade aurait succombé, que nous braycrions dans nos murs tes rois , ton armée , toi-même. Regarde sur quels fondemens repose notre liberté \ regarde ces rochers terribles , ces inabordables remparts , ces tours où l'œil ne peut atteindre , et donne à tes guerriers des ailes ayant de nous parler de paix.
Mes guerriers n'en ont pas besoin , répond Gonzalye ayec un sourire ; regarde toi-même ce roc qui domine sur yotre yiUe , mes guerriers j sont parvenus. Vois-tu cette nombreuse troupe prête à faire tomber sur yos têtes les pierres qui vous défendaient? Elle n*attend que mon signal pour détruire yotre seul'ssilc. Choisissez donc dans un instant : périssez tous