LIVRE X. a5ï
glorieux que leur général a signé , laissent à l'illustre tribu son culte , ses biens , ses richestes, et joignent à tant de bienfaits une yille de TAndalousie qui doit deyenir l'héritage de leur noble postérité.
Tandis que les époux-rois enchaînent ainsi les cœurs de ceux qu'ont vaincus leurs armes ^ un soldat demande Gonzalve , et veut lui parler en secret. Il vient lui remettre une flèche partie des murs de Grenade , portant avec elle un billet scellé sur lequel on voit le nom du héros. Gonzalve étonné saisit ce billet, l'ouvre d'une main tremblante , et lit avec peine ce» mots , presque effacés par des pleurs :
« Je touche à mon heure dernière , puisque « Alamar me donne le choix ou de l'hymen ou « de la mort. Si mon trépas suffisait au tpran . « je ne viendrais pas implorer l'ennemi de ma « patrie, j'expirerais sans me plaindre , et mon « dernier soupir serait pour lui. Mais mon « père est chargé de îers ; mon père , pour « avoir sau\é tes jours, est avec moi dans le « même cachot où mon amour me fit pénétrer. « Il n'en doit sortir que pour, le supj^lice. R Gonzalve, viens le délivrer : mon cœur ne « sera point ta récompense, je ne le Honne pas <c deux fois ; ma main pourra seule acquitter « ce que tu feras pour mon père, n
aSa GONZALVE DE COR DOUE.
Gonzalye , pâle , troublé , relit deux Uàs cet écrit , et retourne auprès dlsabelle. La reine s'aperçoit de son émotion : Parlez, dit -elle, grand capitaine , cpiels chagrins peuvent obscurcir votre front couvert de lauriers ? Quels souhaits peut former votre âme ? je jure de les exaucer. Expliquez-vous avec assurance : (jnel prix demandez-vous de tant d'exploits ?
L*assaut , répond aussitôt Gonzalve, le dernier, le terrible assaut qui doit rendre Grenade captive , qui doit précipiter du trône ImClme et cruel Boabdil , qui doit venger le ciel hti^ gué des crimes du barbare Alamar. Ordonnes lassaut pour Taube du jour; c'est ma plus chère récompense , c'est la seule que je demande d^ tout ce que j'ai fait pour vous.
Âces paroles, qu'il prononce avec des yeux étincelans , avec l'accent de la frireur, avec l'égarement d# l'amour , Ferdinand transporté se lève : Tu' seras content , lui dit-il ; demain je te livre Grenade ; demain tu puniras k ton jgré les vils ennemis qui t'ont outragé. Viens en donner l'ordre toi-même , viens enflammer mes braves soldats du feu qui brille dans tes regards ; viens leur dire que tu combattras , ils seront sûrs de la victoire.
Il appelle aussitôt ses cfieis , et leur déclare sa grande entreprise. Il soumet à. Gonzalve son