‹ Gonzalve de Cordoue; ou, Grenade reconquiseChapitre 17 sur 135 · LIVRE î · texte numérisé non relu

LIVRE î

a dit le monarque , que ce coupable Castillan n'échappera point à tes coupa ? J'en jure par le prophète , a répondu Tatroce' ministre : mille noirs sont déjà placés sur les deux routes de la Mamorre ; les portes de Fez sont gardées; nul autre que ses serviteurs ne peut pénétrer dans son palais : la mort enyironne Gonzalye. Encore quelques înstans , grand roi , j'appoite à tes pieds sa tête sanglantew<^

Tremblant à ces horribles paroles / mais enhardi par mon zèle , j-'ai résolu de sauver mon héros. Dieu, sans doute,' a conduit luimême ma difficile entreprise. J'ai préparé votre fuite pendant le peu d'heures qui me restaient. Ne pouvant pénétrer jusqu'à vous, mes chants dans notre langue chérie vous ont attiré près de moi. Le reste est dans vos mains , seigneur : mais je vous demande , mais je vous conjure , an nom de ilotre patrie , au nom de votre auguste père , d'oublier un jour , un seul jour , cette indomptable valeur qui ne vous serait que fatale. Abandonnez-vous à ma foi , quelque parti que je tous propose : il n'en est aucun^ qui ne soit permis pour échapper à des assassins. Si vont refusez ma prière , si votre courage vous fait une loi d'affronter une mort certaine , inutile , funeste à vos frères , commencez par répandre ici le peu de sang qui bvoxaWe. 1. 19

2i8 GONZALVE DE CORDOUh.

reste dans me» veines ; vous m epargnerei lej affircux supplices que ces barbares me feront souffrir , et la douleur plus sensible encore de vous survivre quelques instans.

Le béros , en le rassurant , jure de suivra ses conseils. Alors le vieillard le conduit av fond dun bosquet écarté. Là, il découvre ses jeux un turban , un habit maure , un cimeterre africain. Pardon , lui dît-il , pardon , mais ce vêtement peut seul abuser les sate^ites qui veillent aux portes. Environnés d'enoemis, éloignés de la mer de trois journées, n'allons point chercher votre navire. Vos serviteurs , qui seront respectés aussitôt qu'on vous saura libre , gagneront l'Espagne sur ce vaisseau. Pour vous, la ruse est nécessaire; et , si elle répugne à votre grand cœur , songez que je vous mène à Grenade , où tous } ourrez montrer Gonzalve aux Maures et aux Castillans.

Malgré sa promesse , le héros hésite : il craint de souiller son front en le couvrant d'un turban; il lui semble qu'i? s'avilit en se cachant sous un habit maure : cependant , pressé par Pedro , certain que tous les chemins sont fermés , et brûlant de retourner dans sa patrie , il cède enfin en rougissant. Ses longs cheveux sont cachés sous le lin ; il prend

LIVRK 1. ai9

cette robe africaine qui dc lui ôte poiut de son air guerrier ; il s*arme de ce tîmeterre dont il examine la trempe ; et précéJé du captif qu'il a délivré de sa chaîne, ils sortent ensemble du jardin des Palmes, ^r ',* Sans être connus, sans être observés , ils marchent aujx portes de Fez et passent au milie'i des gardes. Précipitant leurs pas dans la campagne , ils arrivent en peu d'instans sur les bords du fleuve Subur. Gonzalvcy trouve une barque amarrée parmi des roseaux. Le bon Pedro , qui la détache , l'a munie d'une forte voile , d'eau limpide et de provisions. Le peu d'or qu'il avait amassé pendant vingt ans d'esclavage a suifli pour ces préparatifs. Le vieillard fait entrer Gonzalve dans ce navite si léger : il saisit tour à tour le gouvernail y la came , et sent ses forces redoubler en regardant le héros. Un doux zéphyr le seconde : la barque vole sur les flots rapides. En douze heures ils sont arrivés à l'embouchure du fleuve : ils entrent avec lui dans la vaste mer ; €t dès qu'ils se voient éloignés de la terre , le captif se met à genoux , remercie le Tout-Puîs- >^t, et court se jeter aux pieds dc son maître , ^a'il baigne de larmes de joie.

Bientôt ils sont à la hauteur d*£lanais et ^campagnes délicieuses où le Lixos arroiwt

aao GOIfZALYE D£ GOKDOUe.

autrefois les fameux jardins «onquis par Hercule. Arzile , bâtie par les Phéniciens , brille et disparait à leurs jeux. Ils doublent le cap Spartel , laissent à leur droite l'ancienne Tingis, o reposent les os d'Antée; et traversant le détroit , ils arrivent , au milieu de la nuit , vis-ft* vis le mont de Galpé. %^;

Le ciel était pur et semé d'étoiles ; la lun« *" répandait sur les flots une lumière d'argent : Gonzalve , assis sur la proue , découvre le premier les rives d'Espagne. A cette vue il se lève , il ne peut contenir son transport : O ma patrie , s'écrie-t-il , à Lara , je vais vous revoir ! Je vais respirer dans les mêmes lieux où respire celle que j'adore , parmi mes braves compagnons y près de mes rois , sous mes étendards ! Amour , amitié , vertu , vous enflammes à la fois mon cœur à l'aspect de ces beaux ri vagesî

Gomme il parlait , le vieillard efl6:ajé lui montre l'annonce d'un affireux orage. Les étoiles ont disparu , la lune a perdu sa lumière , ses rajons ne percent qu'à peine le voile sombre qui Tenvironne. Des nuages amoncelés s'a^ vancent du côté du midi , les ténèbres marchent avec eux ; un souflle léger et rapide ride la surface des eaux , les vents impétueux le suivent , une profonde nuit couvre les ondes ,

Page 1