LIVRE I. fiai
\ les éclairs déchirent la nue , le tonnerre mugit V au loin. Son bruit redouble, la foudre apjsî proche, les flots s élèvent en bouillonnant j i les aquilons sifflent , se heurtent ; les yagues L; montent jusqu aux cieux ; et la barque , tantôt \ suspendue sur une montagne écumante , tan« It*^'t5^ précipitée dans l'abime , touche au même instant les nuages et le sable profond des mers. Tranquille au milieu des tempêtes , Gonzalvc s'occupe du vieillard : il le rassure, l'encourage, lui parle d'une espérance qu'il n'a point , et le serre contre son sein. Pedro ne songe qu'à Gonzalve; c'est sur lui seul qu'il verse des larmes. .0 mon maître, s*écrie-t-il , je n'ai pu tous sauver ! et toute la nature est conjurée pour fiûrc périr un héros ! Ah ! s'il m'était encore peimis,.. . La terre ne peut^ être éloignée.... Seigneur, attachez -vous à moi , je nagerai jusqu'au rivage ; Dieu me rendra mon ancienne force : je n'expirerai , je l'espère, qu'après vous avoir posé sur le sable j j'expirerai trop heureux.
Dans ce moment , la &ible barque descend du haut d'une vague avec la rapidité d'une flèche , et , parcourant un espace immense , va *9 heurter contre un navire, jouet, comme elle, de la tempête : elle se brise en éclats. Oonzalve et Pedro boivent Tonde apaèrc ;
laa GONZALVE DËCORDOUE.
nùéA f sans §#- c[uitter tous deux , tous deux rerienufint sur les flots, saisissent un câble flottant, montent à Taide de ce câble, et s elancent dans le navire.
Quel spectacle s'oflre à leuryue! A la Inenr des éclairs qui se succèdent sans relâche, Gonzalve aperçoit une femme liée fortement au mât. Son visage est baigné de pleurs , ses cheveux flottent au gré des vents. Environnée de soldats noirs qui lui présentent leurs glaives, ;elle ne peut lever ses mains que d'indignes liens retiennent , mais elle élève sa voix gémissante , et , la tête renversée , les jeux fixés vers le ciel , elle supplie le Tout-Puissant de la faire périr dans les ondes plutôt que de ■ Taban donner à la merci de ses ravisseurs. yÇ.
A cette voix , à ces accens , qui retentûiseï^ au cœur de Gonzalve , à ces traits qu*un long éclair découvre , le héros; surpris , transporté , reconnaît celle qu'il adore , celle qu'il vit à Grenade , et dont l'image resta dans son âme. Boutant encore de son bonheur , il courte, il vole vers elle , il est prêt à tomber à genoux : mais sa foreur étouffe sa joie ;' il tire son cime-^ terre , brise les chaînes de Zuléma , la soutient , lui promet vengeance , et menace avec de» jeux brûlans rhorriblc" troupe dont il est entouré
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Les barbares , d''aborcl interdits, se xas* surent, grondent, s'irritent. Leur chef, farouche Ethiopien, dont un turban blanc courre la tête hideuse , s'élancC' tout k coup sur Gonzalve , et le blesse de son poignard. Le héros d'un seul coup l'immole. 'Alors des crisse font entendre .-soldats,, matelots , réunis, tous le blasphème h. la bouche, tous munis d'armes différentes , fondent à la fois sur Gontalye en remplissant l'air de leurs hurlemens. Ainsi l'on voit sur le Caucase une nuée d'affreux corbeaux attaquer en croassant un aigle qui braye seul leurs vaines fureurs.
Appujé contre le grand mât , tenant d'une main la princesse , de l'autre son terrible glaiye, le Castillan les attend sans crainte. Les premiers tombent à ses pieds , leç autres-se serrent et les remplacent. Gonzalye précipite ses coups : son cimeterre fait voler an loin les armes , les membres épars. Le sang ruisselle dans le navire ; les plaintes des blessés , les cris de Zuléma, les clameurs des assaillans,8e mêlent et se confondent. Le tumulte, la mort, la terreur, environnent partout le héros; et les éclairs, les ténèbres, le mugissement des ▼euis , le bruit redoublé de la foudre, ajoutent encore à l'horreur de ce nocturn* ^jSfVtfP'
Gonzalvc, entoura d'ennemi >^ T.. yi^Vl ^c-
924 GONZALVE DE CORDOUE^ pousser toutes les atteintes. Plus 'occupé de > Zuléma que de lui-même , il se découyre pour la préserver ; il reçoit de profondes blessures , et ne songe pas à s*en garantir , lorsque le fidèle Pedro, en combattant auprès de son maître , est averti par la princesse d '.aller délivrer plusieurs prisonniers qui gémissent au fond du vaisseau. Le vieillard, sans être aperçu , court , descend , brise leurs liens : aussitôt les captifs armés volent au secours de Gonzalve. Pedro pénètre jusqu'à lui , se place devant Zuléma ; et le Castillan , libre alors , s'élance , semblable au lion que sa cbaine ne retient plus. Il frappe , immole , dissipe ce vil ramas d'assassins , les poursuit jusqu'à la poupe , les presse entre son glaive et les flots , leur présente partout la mort; et, secondé par les captifs , il force enfin le peu qui reste <de cette troupe de barbares à se précipiter dans les ondes. Le béros, vainqueur, mais presque mourant , parcourt encore le navire , ne trouve plus d'ennemis , revient auprès de la princesse , veut parler , et tombe à ses pieds 'épuisé de sang et d'efforts.
Cependant la mer s'est calmée, les vents n'agitent plus les flots , les nuages ont découvert le brillant azur des deux. La nuit s'envole avec les étoiles; et l'ofient, coloré de