LIVRE I. 2a
pourpre, s enflamme des rajrons du jour. Le navire désemparé se soutient encore sur les eaux : il n a plus de voiles , plus de gouver* nail ; il reste immobile au milieu des oudes.
Zuléma , le bon vieillard , les captifs qu'il a délivrés, se pressent autour de Gonzalve en le rappelant à la vie. Hélas ! leurs soins sont inutiles ; Gonzalve , sans mouvement , demeure étendu prés de ses victimes. Une affreuse pâleur jconvre son visage ; sa tête penchée tombe sur son sein , et ses ^eux semblant fermés par le sommeil de la mort. Pedro le soulève en pleurant ; les captifs à genoux le soutiennent. La princesse , à genoux comme eux , serre dans ses mains les mains du héros : elle arrache son voile de lin , elle étanche ses larges blessures , et contemple d'un œil attendri les trait» inconnus de son libérateur.
Enfin, après de longs secours, Gonzalve rouvre la paupière ; il la refierme aussitôt. Un soupir sort de sa bouche , et Zuléma , Pedro , transportés , osent se livrer à l'espoir. On prépare un lit à la hâte ; on j porte le héros mourant; on lui prodigue tous les soins que peuvent inventer le zèle , la reconnaissance , la douce amitié. Gonzalve a repri»^ ses sens : il voit près de lui la princesse , il la voit , et pour lui parler il fait d'inutiles efforts. C'est
vous c'est TOUS. ..... sont les seuls mots
que puisse prononcer sa bouche. Zuléma le ranime par un breurage , lui adresse de tendres discours ; et , désirant que le sommeil répare ses forces éteintes, elle se fetire avec le yieillaed.
Alors le* captife délivrés , que Pedro re- «S»nnaît pour des Bérébères (i) , s'occupent de l'état du nayire; ils visitent le gouvernail , dmit ils ne trouvent que les débris. Les mâts sont dégarnis' de voiles , les flirts entrent dans le vaisseau. (Mais Pedro , du haut du tiUac , décoiM^e la terre à peu de distance; et", la montrant à Zuléma, il annonce qu'on peut abotderj ,
Hâtez-vous, lui dit la princesse : si mes y^vtn ne m'abusent point, nous sommes près de Malaga. Entrez dans la. rade arec assurance , tout ici reconnaît mes lois : je suis la sœur du roi de. Grenade , la fille de Mulei-Hassem; et la demeure que j'habite, est ce? palais que vous découvrez au milieu de cette forêts» C'est là que je veux receyoir le héros à qui«je do» la vie ;«'est là- que j'espère acquitter une reconnaissance si^ chère à^mon cœur. -Mais satisfaites
(i) Peuples de l'Afrique, voisins de 1* Allas. Voy. le Précis historique, premi^ époque.
LÏVRE I. 227
mon impatience. Quel est ce généreux guerrier? Est-ce un prince , est-ce un roi d'Afrique? Ah! si j'en croîs mes pressentimeus , c est le plus grand des mortels.
Le prudent» yieillard qui l'écoute û'émit des dangers que va courir son maitre. U voudrait fiiir cette ferre ennemie 011 tout Castillan ne trouve que des fers , où le nom fameux dtf Gonzalye doit exciter à la vengeance un peuple qu'il vainquit tant de fois : mais le prompt secours nécessaire au héros , le triste état du navire, la présence de ces Bérébères devenus libres par ses soins , tout lui fait une loi d'»béir. 11 hésite , il réfléchit sur ^ce qu'il doit répondre à la princesse ; et rougissant de l'abuser :
Vous ne vous trompez point, dit-il, ce héros venait de l'Afrique. La plus illustre naissance n'est que la dernière de ses qualités. Jaloux des exploits de tant de guerriers qut le signalent au siège de Grenade, il volait Ters cette ville pour les vaincre ou les effacer. La tempête a brisé son vaisseau , le vôtre nous a servi d'asile. Vous savez le reste ; et votre • coeur sensible vous dira mieux que moi uns doute quels devoirs il vous reste à remplir.
11 se tait. Zuléma soupire : elle croit entendre que oet inconnu vient au secours de sa patrie; elle aime h sentir s'augmenter sa re-
%%9 GONZALVE DE GORDOUE.
connaissance enyers lui.. Son imagination Ta plus loin : elle pense qu'un pareil gnerrier sera- le sauveur de Grenacke, qu'il peut la défendre elle-même contre ses persécuteurs. I^es exploits qu'il a faits pour elle , le peu de mots qu'il a prononcés , cette main qui pressait la tienne pendant le terrible combat , tout se retrace à sa mémoire et lui cause une secrète joie. Elle tombe dans la rêyerie , elle épronye un sentiment doux qu'elle ne peut encore expliquer ; et f sans oser former aucun yosu , elle conçoit une douce espérance.
Pendant ce temps , le yaisseau brisé s'approche et mouille dans la rade. Le peuple, accouru sur le port , reconnaît sa jeune princesse, la salue par des acclamations. Tandis qu'on descend le héros blessé , Zuléma ne le quitte point, et fait appeler deux yieillards célèbres dans l'art de guérir l^s blessures. Elle leur confie son libérateur; elle l'enyironne des prisonniers que dé|iyra son courage , et , le faisant porter par des esclayes, guide ellemême leur marche yers son palais solitaire*!'
Fin DU PREMIER LiyRE.