LIVRE II. a3i
Ranimé par ses tendres soins , surtout par la présence de ce qu'il aime, Gonzalve peut enfin lui parler. Il la regarde d'un oeil attendri ; et levant yers elle ses deux mains tremblantes : O vous , lui dit-il d'une faible voix , vous qui daignez sauver mes jours, s'il ne doit pas m'être permis de les consacrer à vous seule , ah ! laisse^ laissez-moi mourir.
Il n'ose en dire davantage : mais la princesse entend son silence , rougit , et détourne les yeux. S'apercevant de son propre trouble , elle s'efforce de le cacher ; elle sourit doucement an héros , lui parle de sa vaillance , le nomme son libérateur , et se presse de rappeler ce qu'elle lui doit,pourse justifier de ce qu'elle éprouve.
Le bon Pedro ne quitte pas son maître. Il l'instruit ^o secret du nom , du rang de celle qu'il a sauvée, des lieux qu'il habite avec «Hc , et de l'erreur de Zuléma qui croit Gonzalve nn prince africain. Le héros le blâme de ce mjstère. Son âme ne peut supporter un mensonge ; il est prêt à tout découvrir : mais Pedro le conjure , le presse cle ne pas s'exposer mourant à la fureur d'un peuple ennemi dont ZnlénM ne serait pas maîtresse. Il ne parvient pat a l'intimider par les dangers qui menacent sa tète j il le fléchit en lui parlant des tour-
23a gouzalve: de cordoue.
mens qu'on iiirart souffrir à son £dcle et vieux serviteur.
Après quelques jours donnés seulement aux soins , aux secours des vieillards , la princesse entretient Gonzalve de l état où se trouve Grenade , des troubles qui l'ont déchirée , des crimes du roi Boabdil. Assise près du lit du héros qu'elle croit né loin de l'Espagne , elle propose de lui raconter les divisions et les malheurs dont elle &t le triste témoin. Gonzalve , avec un doux sourire , ose demander un récit où Zuléma doit être intéressée. La jeune Maure le commence aussitôt.
Vous n'ignorez pas, lui dit-elle, à quel point de grandeur et de gloire fut porté presqu'à sa naissance l'empire des Arabes en Espagne. Vaincus par nos braves aïeux , pressés par leurs armées triomphantes , les Chrétiens ne trouyèrent d'asile que dans les rochers astunens» Ils s'j- cachèrent pendant plusieurs siècles; mais le malheur doubla leur courage-, la prospérité nous amollit ; nos rois devinrent des tjrans ', les rois espagnols furent des )iéros. Bientôt ils sortirent de leurs retraites , osèrent attaquer leurs vainqueurs ; et , profitant des guerres intestines de nos drfférens monarques , ils ne laissèrent aux anciens conquerans que les seuls États de Grenade'