‹ Gonzalve de Cordoue; ou, Grenade reconquiseChapitre 22 sur 135 · LIVRE IL a · texte numérisé non relu

LIVRE IL a

Cette célèbre capitale, bâtie au pied'det moatagnes de neige , s*élèye sur deux collines , au milieu d'un pajs enchante. Le t)aro , dont les flots rapides roulent de l'or dans leur sein , traverse la ville dans son étendue. Le Xcnil , dont les eaux salubres rendent aux troupeaux la santé , baigne ses hautes murailles. Une campagne délicieuse , où croissent pres<jue sans culture des moissons abondantes > des forêts d'orangers , des oliviers mariés à la vigne, des palmiers mêlés avec des chênes , l'envia ronne de toutes parts. Des carrières inépui-* sables de marbre, de jaspe, d'albâtre, ont orné les palais superbes , les magnifiques édifices , qu'on a multipliés dans la ville. Partout des eaux jaillissantes rafraîchissent l'air qu'on respire , embellissent les places immenses où vient s'exercer chaque jour une belliqueuse jeunesse; et des jardins couverts de fleurs, ombragés dans tous les temps de grenadiers , déjnjrtes, de cédrats, font de la plus charmante des villes la plus grande cité des Espagnes.

Là semblaient s'être réunies toutes les fcrces , toute la puissance des Maures ; là s'était élevé le temple de nos sciences et de nos arts. Des extrémités de l'Asie , des bords du Wil , du pied de l'Atlas , les rois , les guerriers,

a3f GONZALVE DE CORDOUE.

les sayans, venaient paiscr à Grenade des exemples et des lumières. Nos fréquentes guerres ayec une nation brave , lojale , généreuse , établissaient entre l'Arabe et TEspagnol une continuelle émulation de gloire. Nos jeunes Maures, naturellement portés à Tiumour» avaient oublié les maximes barbares de rOrient pour prendre de leurs ennemis ce res^ pect profond , «ette vénération si tendre , cette constance éternelle , qui remplissent le cœur d'un amant espagnol , lui présentent l'objet aimé comme le dieu de ses destinées , l'élévent au-dessus de lui-même , et lui donnent toutes les vertus, devenues faciles par l'espoir de plaire. Nos femmes , fières de leur empire , le méritaient pour le conserver : ennoblies à leurs propres jeux par l'hommage pur qu'on rendait à leurs charmes , elles s'efforçaient d« se rendre dignes du tribut précieux qu'on leur apportait. Incapables d'une faiblesse qai leur eût coûté le bonheur , elles étaient chastes pour se voir aimées , et fidèles pour restef heureuses.

Telle était cette cour brillante , asile charmant de l'amour , des beaux-arts , de la politesse , lorsque mon père , Mulei - Hassem < parvint , jeune encore , à l'esa^ire.

Doué de toutes les vertus, le nouveau toi^

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