‹ Gonzalve de Cordoue; ou, Grenade reconquiseChapitre 25 sur 135 · LIVRE IL · texte numérisé non relu

LIVRE IL

heureux. Mais la haine de deux trihns puissantes a rempli ses jours d'amertume , a fini par mettre Tempire sur le penchant de sa ruine.

Vous savez , seigneur , que nos Maures , quoique rassemblés en corps de nation, ont conservé les mœurs patriarcales de nos ancêtres les Arabes. 'Nos familles ne se confonient point : chacune d'elles forme une tribu plus ou moins forte par le nombre , par les esclaves, par les richesses, mais dont tous les membres unis se regardent comme des frères , se soutiennent mutuellement , marchent ensemble à la guerre , et ne séparent jamais leur fortune, leurs intérêts, leurs ressentimens.

Parmi ces tribus, la plus belliqueuse, la plus illustre , la plus chérie , est celle des Abencerrages , descendus des antiques rois qui régnèrent sur l'Yémen. Leurs qualités sont au-dessus de cette noble origine : invincibles dans les combats, doux et démens après la victoire , leurs grâces , leurs talens aimables font le charme de notre cour. Respectés des fiers Espagnols, ils ont su mériter leur amour par les bontés , par les bienfaits dont ils comblent les Chrétiens captifs. De tout temps leur richesse immense fat le patri-

s4o GONZALVE OE CORDOUE.

moine clu pauvre; de tout temps, dans les bat'ailles, dans nos tournois, dans nos jenx> le prix de la valeur et de Tadresse appartient aux Abencerrages. Jamais il ne fat un lAche dans cette célèbre tribu; jamais uu infidèle ami , un époux volage , un perfide amant , n'ont terni la gloire de cette famille.

Leurs seuls rivaux en grandeur , en richesses, peut-être en courage, sont les trop fameux Zégris , issus des monarques de Fez. Quels que soient mes justes ressentimens contre cette tribu coupable, je ne prétends point cacher à vos yeux l'éclat des actions qui l'ont distinguée. Leur indomptable valeur a cent fois porté le fer et la flamme sur les terres des Castillans; cent fois leurs mains victorieuses ornèrent nos mosquées de drapeaux ennemis. Mais la fureur, lai soif da sang , déshonora de si beaux exploits. Jamais un Zégri n'a fait de capjtif ; tout vaincu périt sous son sabre ; jamais l'amitié , l'amoar , n'ont adouci leur férocité. Remplis d'un orgueilleux dédain pour ces qualités aimabléff ^ ces grâces , ces talens de l'esprit , que VOjà chérit dans notre cour , ils regardent côiÔ*c faiblesse la douce sensibilité. Superbes, tttifbulens, farouches, ils ne se plaisent qn'anx champs de la mort; ils ne savent que <om-

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