LIVRE II
battre et yaincre ; ils méprisent tons les antres arts.
La plus yiolente jalousie les animait depuis long-temps contre les généreux Abencerrages. Souvent ces deux tribus vaillante^ furent sur le point d en venir aux mains. L'autorité de Mulei-Hassem avait pu seule les arrêter. Mais leur haine était publique ; et les principales familles de Grenade avaient embrassé l'un ou l'autre parti. Les Âlmovades , les Alabex , soutenaient la cause des Abencerrages; les Gomèlies , les Yanégas , défendaient celle des Zégris. Les autres tribus , plus obscures, avaient imité cet exemple; la cour et la Tille étaient divisées , et mon père tremblait chaque jour de voir le sang inonder Grenade.
L'âme noble et tendre de Malei-Hassem n'avait pu demeurer incertaine sur le parti qu'il devait protéger : ses propres vertus , malgré lui, l'entraînaient vers les Abencerrages. Cette préférence , qu'il ne pouvait cacher, était un nouvel aliment à la haine de leurs ennemis. Mulei le sentit ; et , pour apaiicr par une faveur signalée le mécontentement àe% Zégris, il prît une épouse dans leur tribu. Aixa, fille d'Almadan, devint la reine de Greaa(k. Mais Aïxa n'était que belle : l'inscnsi-
a4a GONZALVE DE CORDOUE, bîlité , Torg^eil , héréditaires dans sa fiaanllley ternissaient Téclat de ses charme?. Mon père , qui ne put l'aimer, se vit contraint de la répudier , après avoir obtenu d'elle un héritier de son trône. Ce prince est le fougueux Boab« dil, qui règne à présent sur les Maures , et dont vous connaîtrez bientôt le redoutable caractère. ^
Le roi , malheureux par rhjmen ,'ne voulut plus en serrer les nœuds : l'amour dont il brûlait dès long-temps pour une captive espagnole lui rendait impossible tout autre lien. La belle Léonor avait soumis son cœur. Fidèle au culte de ses pères, sans espoir comme sans désir de régner sur les Musulmans, Léonor aimait dans Mulei ses qualités, et non sa puissance. Elle pleurait souvent avec lui les malheurs attachés à son rang ; elle le consolait des ennuis du trône , de la fatigue des hommages, du vide de la grandeur, et calmait ses peines secrètes, ses chagrins si cuisans pour les rois condamnés à n'ayoir point d'amis.
Le premier fruit de leurs amours fsX ce généreux Almanzor qui défend aujourd'hui Grenade, et dont les exploits renommés ont peut-être été jusqu'à vous
Oui, répond vivement Gonzalve, ouiy.i^