LIVRE II
connais ce vaillant guerrier. £h ! dans quels lieux ignore-t-on que le fameux Almanzor est le plus ferme appui de votre empire, la gloire, le modèle de votre cour ? Qui ne sait que ce jeune prince , si redoutable dans les batailles , commande même à ses ennemis cette admiration , ce respect , liens éternels qui , malgré la guerre , unissent toutes les grandes âmes ? Mon cœnr est pénétré pour lui d'un sentiment de vénération : parmi vos Maures , c'est de lui seul que je désire être l'émule , c'est lui seul que je voudrais égaler; le surpasser est im^ possible.
Il dit : la princesse écoute avec ravissement l'éloge d'un frère qu'elle adore.» Elle remercie Gonialve par un sourire, et continue son récit.
Je his le dernier gage d'amour que le roi reçnt de sa Léonor. Jamais une mère^plus tendre n'a tant fait pour sa fille chérie ; elle me nourrit de son lait ; elle ne voulut confier k personne les soins de ma première enfance ; elle présida seule à mon éducation. Je sens ines larmes couler en songeant aux paisibles jours passés dans le sein de ma mère. Mon frère Almanzor ne nous quittait point : plus âgé que moi de quelques années , il m*expli* quait les leçons que ma faiblesse ne pouvait
a4i GONZALVE DE CORDOUE.
comprendre ; il m'enseignait ce qu*il ayait appris. Je l'écoutais avec reconnaissance ; je me sentais déjà pour lui ce tendre et confiant respect dont mon cœur a gardé l'habitude. Mulei Tenait souyent se mêler à nos jeux 4 il oubliait près de nous les chagrins que lui donnait Boabdil; et la meilleure des mères cro jait voir les cieux entr'ouyerts , lorsque le roi, qu'elle adorait, la visitait dans sa retraite, et pressait ses enfans chéris entre ses bras paternelf^.
Hélas ! ces temps trop heureux ne furent pas de longue durée. L'Espagnol attaqua nos frontières. Mon frère, appelé par la gloire, nous quitta pour voler aux combats. Sa valeur, ses brillans exploits^ ne nous consolaient point de son absence. Il revenait toujours triomphant porter ses lauriers à sa mère; mais il repartait aussitôt. Forcée moi-même de paraître à la cour , d'j vivre au milieu du tumulte, je regretWs ces années tranquilles consacrées à la seide tendresse. Bientôt dei remets plus amers vinrent me préparer au malheur.
Ma mère me fut ravie. Après de longues souffrances , elle expira dans mes bras. 0 ma bonne et digne mère ! ta perte m'est toujours récente ; les derniers mots que tu m'as dttf