‹ Gonzalve de Cordoue; ou, Grenade reconquiseChapitre 28 sur 135 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

retentissent toujours à mon cœur. YeiJle sur moi du haut du ciel , 6 la plus tendre des mères! je n*ai point trahi les sermens que j*ai prononcés à ton lit de mort : rends>moi de même fidèle aux deycirs que tu m'enseignas , et ^s descendre dans cette âme pleine de toi les vertus dont tu me donnas l'exemple.

A ces mots , Zuléma d'arrêté ; les pleurs étouffent sa voix ; elle cache de ses belles mains son TÎsage baigné de larmes. Gonzalye , ému presque autant qu'elle , la contemple ayec des jeux attendris; il respecte trop sa douleur pour interrompre ce pieux silence. Enfin la princesse reprend son récit d'un accent qu'elle akffermit ayec peine.

Le roi fut inconsolable , et ne survécut à sa Léonot que pour mon firère et pour moi.. Âbnanxor était à l'armée : il revint , accablé de douleur , mêler ses larmes à celles d'un père qui ne lui permit plus de le quitter. Boabdil , occupé depuis long-temps de ses criminels projets, sut profiter de" son absence pour gagner le cœur des soldats. Boabdil pouvait éblouir leurs jeux : aux avantages de la nature il joint cette valeur brillante qui plait surtout dans un jeune prince , et cette prodigalité si vantée par les courtisans. Que no puis- je avoir à louer d'autres vertus dans

>46 GONZALVE DE CORDOUE. Boabdil! mais les perfides ^^tteurs ont corrompu sa jeunesse. Egaré de bonne heure par leurs conseils, il ne connut de devoirs que ceux. des autres hommes enyei*s son rang; il se crut au-dessus des lois parce qu'il était au< dessus de leurs peines : il ne pensa pas que Je plus terrible des châtimens , la Iiaine , le mépris public , sont le supplice des grands que les lois ne peuvent atteindre. A force de satisfaire ses passions , ses passions devinrent des vices. Il perdit bientôt le remords , ce dernier ami des vertus , et passa rapidement des plaisirs aux excès , des excès aux crimes : triste destinée des jeunes princes, dont la vie entière dépend toujours du choix de leurs premiers amis!

Livré sans réserve aux Zégris , qui brûlaient de voir sur le trône* un monarque issu de leur sang , Boabdil cherchait < à renouveler ces exemples , trop communs parmi nous , de pères détrônés par leurs fils, de rois déposés par leurs sujets. Il voulait s'assurer l'armée; et ses desseins impies ne trouvèrent d'obstacle que dans les seuls Abencerrages. Ces fidèles guerriers avertirent Mulei. Mon père partit aussitôt , alla se montrer aux soldats , et sa présence rétablit l'ordre. Mais le mal avait jeté des racines trop profondes ; la moindre

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