‹ Gonzalve de Cordoue; ou, Grenade reconquiseChapitre 32 sur 135 · LIVRE It 2i · texte numérisé non relu

LIVRE It 2i

d*uii pas léger sous la conduite d*AbenIuunet7 d'Abenhamet dont les malheutt feront bientôt couler Yos larmes ,^inais qui n était alqrs oocnpé que de yain^.-i's deyant Z^oraide.

Les Zégris forment la seconde quadrille. Leurs tuniques yertes sont brodées d'or. L*aig^tte noire , couleur sinistre de leur famille , se distingue sur leurs turbans. De longues bousses enricbies d'éraerandes couyrent le dos de leurs noirs coursiers. La tète baute, Tœil menaçant, ils suiyent d'un pas tranquille Ali , le redoutable Ali f cbef de cette tribu terrible , Ali , que quarante ans de yictoires ont fait surnommei; l'Êpée de Dieu, et qui porte sur son large bouclier , ainsi que tous ses compagnons , un cimeterre dégouttant de sang, ayec ces mots : Voilà ma loi.

Les Alabez et les Gom^les marcbent aux deux dernières quadrilles. Les Alabez, yêlus d'incarnat brodé d'argent , montés sur des cbe« yaox isabelles , ont pris le turban des Aben- cerrages. Les Gomèles , liés aux Zégris , ont des tuniques pourpre et or, des coursiers bais, et l'aigrette noire.

Ceê quatre troupes , l'une après l'autre , yiennent saluer le roi , font ensuite des éyoln> tîons , et yont occuper les quatre faces.

Le prince Boabdil piirut alors , monté snX

a54 GONZALYB D« CORDOUE.

Gonzalve , le premier armé , appelle , excht •es compagnons. A pted comme eux, il sort de la ville , et les range dans la plaine. Impatient du signal , il accuse Ferdinand de lenteur , retourne aux. pottes de Santa-Fé , presse la marche des bataillons , leur montre le soleil qui brille à. peine , et croit déjà le voir sur son déclin. 11 va délivrer son amante , il va punir un odieux rival , il va vaincfre pour sa patrie : amour « vengeance , vertu , tout se réunit dans ion cœur , tout l'élève au-dessus de lui-même. Sa grande âme ne peut suffire aux transports dont elle est oppressée. Il court , il vole dans les rangs , embrasse chaque guerrier , agite dans ses mains sa terrible épée , et regarde les murs 4e Grenade comme un vo jageur , au milieu des déserts- y tourmenté d une soif brûlante , regarde un ruisseau qu'il découvre et dont il ne peut encore approcher.

Le sage Médipa contient son ardeur ; il lui montre de loin Ferdinand disposant les Aragonais. Isabelle, au haut d'une tour, à genoux et les bras tendus , implorant le Dieu des armées ; le brave Lara , le jeune Cortez à la tête de leurs colonnes ; les Maures sur leurs remparts , l'arc tendu , la flèche à la main , attendant fièrement l'attaque. Boabdil n'est point avec eux , ses blessures et sa mollesse le rg;

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disgemens. L'Âbencerrage se précipite de nouveau ; mais son fer touche la colombe , et fait voler la bague dans l'air. L*adroit Abenhamet, d'un second coup l'enlève avant qu'elle tomb« à terre* Le peuple fait éclater des transports. lÂli n'ose rentrer en lice. Les Zégris, les Go« mêles, les Alabez, se succèdent inutilement. Les plus heureux vont jusqu'à cinq bagues ; Âbenhamet en a conquis vingt. Mille fanfares annoncent sa victoire; les jugM lui décernent le prix. Il vient I0 recevoir à genoux de la main de Moraime , et court le déposer aux pieds de Zoraide» dont le coeur a fait de^ vœux pour lui.

'Au8sit6t les quatre escitdrons se. préparent an jeu de cannes. Tous, mntés de légers roseaux , oourent les uns contre les autres , les brisent sur leurs boucliers, les jettent à la ibis dans l'air , les reprennent sans descendre à terre. Maniant avec dextérité des coursiers plus rapides que l'air, ils s'attaquent, fuient , reviennent, se forment, se dispersent, s'ar^ rètent , te rallient précipitamment, et trompent tonjcmrt les jeux étonnés, qui ne peuvent mÎTre leais mouvemens divers.

Ainsi , dans la mer d'Almérie , on voit les dmiphins rassemblés fendre la plaine liquide 9 fp méiiBr , s'entrelacer dans leurs circuits , dans

a5(J (tONZALVË DE CORDOUE.

leurs détours, se poursuivre sans jamais s'atteindre , et bondir à la fois sur les ondes.

Mais la plus noire ^ahison devait ensanglanter la £âte. Les coupables Zégris , sons leurs habits dorés , portaient leurs cottes de ■ mailles. Au milieu du tumulte des jeux, plu- ' sieurs changèrent leurs roseaux contre de yéritables lances. Abenhamet fut le premier frappé. A la vue de son sang qui coule , il jette un cri de frireur , et s*élance , le sabre en main , sur le Zégri qui l'a blessé : il l'immole au milieu des siens , qui sur-le-champ tirent leurs cimeterres. L'es Abencerrages , tnstraits de l'attentat , volent au secours de leur chef. Les 'Alabez se déclarent pour eux ; les Gomèles pour les 2^gri8. Les quatre escadrons se chargent avec une égale animosité. I^ noms de traitre., de perfide, sont prononcés par tons les partis. Le sang misselle dans la place. Le peuple eifirajé prend la Ute; et la haine, la mort , la vengeance , se rassasient de carnage. Le roi , les juges, mon frère , font d'inutiles efforts pour apaiser lenr fririe. La voix d'Almanzor est méconnue , l'autorité de Mulei méprisée ; les juges du camp tout foulés aux pieds. Les malheureux Abencerrages , dont les glaives sont repoussés par l'armure de leiirs ennemis, s'aperçoivent' de la trahisoat

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