LIVR*E III
peuple et pour lui ; s'il soupirait de l'avoir perdue , c'étatt pour ses sujets et pour ses enfans.
Peadant ce temps, le nouveau roi chanjg[eait la face de Grenade. Les anciens yisirs fiurent réyoqnés ; de jeunes courtisans le» remplacèrent. Les chefs do l'année , blanchis sons le fer , se virent payés , par l'exil , de leurs travaux et de leurs blessures : des engins ftenlemeni connus par leurs vices ou par leur fiiveur , vinrent commander à de vieux soldats , jadis compagnons de leurs pères. Cette discipline antique , mère de la valeur et des victoireà , fut oubliée en un moment : l'armée devint un ramas de mercenaires sans frein , hardis contre leurs capitaines , lâches contré les ennemis. Nos frontière» , presque inconnues à des gouverneurs qui vivaieui ù la conr, lurent surprises ^ envahies par les vi^i- Jans Espagnols ; et , pour comble de calamité , ce (fut i cette époque fatale ^ue le oiel suscita contre nous ce terrible ennemi des Maures , <ie' redoutable Castillan dont le nom sans doute • dû pénétrer jusque dans vos lointains cilnukts, le fier Gonzaive de Cordoué.
Ses exploits , ses succès rapides ne purent féveiUer Boabdil de saf honteuse léthargie. Contet , égaré chaque jour davantage par les cri-
4 GQNZALVE DE GORDOUE.
mincis Zégris , le monarque n'était occupé que de ces plaisirs bru^ans dont 1^ flatteurs entourent leur maître , de peur qu'il n*entende les cris de son peuple. Aux superbes jeux, aux fêtes publiques, établis par Mulei-Hassem , avaient succédé , sous le jeune roi , des assemblées mystérieuses, des danses efféminées, de longs festins d*où la pudeur, la tempérance , étaient bannies : l'amour tendre, respectueux, était devenu l'objet d'une raillerie insolente j et la galanterie grenadine, si célèbre cbes toutes les nations ^ était remplacée par la licence.
Au milieu de tant [de vices 'qui nous présageaient nos malheurs , une passion que dés long-temps la résistance semblait avoir éteinte »e ralluma tout à coup dans l'âme féroce de Boabdil. L'objet de ce fbneste amour était la belle Zoralde, fille du vieillard Ibrahim.
Zoralde était Africaine. Dès les premiers jours de sa vie elle avait connu> l'infortune ; elle perdit sa mère au berceau ; son père , premier visir du monarque de Trémécen , vit détrôner son malheureux maître , fat lui-même proscrit^ dépouillé de ses biens, et, s'échappant avec sa fille , vint implorer à Crenade la pitié de Mulei-Hassem. Mon père le reçut à sa cour, lui donna le gouvernement de l'impo»