‹ Gonzalve de Cordoue; ou, Grenade reconquiseChapitre 38 sur 135 · LIVRE m · texte numérisé non relu

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f héritier du trône, la fille d'Ibraliim rejeta ses yœux. Elle se croyait oubliée d*UQ cœur \ si peu fait pour aimer , lorsque mon père perdît ; sa couronne; et le premier usage que fit Boabdil de son pouvoir usurpé , fiit de défendre au vieux Ibrahim de choisir Abenhamet pour gendre.

Ibrahim au désespoir espéra fléchir le mo- • narque. Il va se jeter à ses pieds , suivi du tendre Abenhamet ; il lui demande, pour unique prix de sa fidélité , de ses longs services , qu'il lui permette la reconnaissance , qu'il ne le force pas, à quatre-vingts ans, de man« quer à l'honneur pour la première fois. Boabdil ne récoute' point. Abenhamet , qui , dans le silence , attendait l'arrêt de s'a vie , fait relever Ibrahim avec un mouvement de fureur ; et fixant sur le roi des jeux brûlans :

Zoraide est à moi , dit-il , par la volonté 3e ton père , par la sienne , par tous les droits de r«mour et de l'amitié : voilà mes titres. Quels •ont tes moti£i pour m'ôter le bien que j'ai mérité?

Je ne rends point compte de mes desseins , répond le monarque d'un ton farouche ; et mes sujets ne méritent jamais que ce que ma bonté leur donne.

Boabdil, s'écrie Abenhamet; tea.fujeu ont

io GONZALVE DE CORDOUE.

appris des Zégris à détrôner un monarque juste ; tremble qu'ils n'apprennent des Abencerrages comment on punit les tjrans.

Le roi saisit son cimetei/e Ibrahim se

jette à genoux : C'est moi , c'est moi qu'il faut fi-apper; c'est moi qui lui donnai ma fille. Tant que je jouirai du jour, Zoraîde appartient à mon libérateur. Tranche ma yie, Boabdil I afin de dégager ma foi.

Alors le vieillard découvre son sein tout couvert de cicatrices , et le présente au fer du monarque. Ceux qui l'environnent , les Zégris eux -i mêmes , témoignent de la compassion. Abenhamet, la main sur son poignard, est prêt à défendre son père; et le roi, sombre, les jeux baissés ^ paédite ce qu'il doit résoudre. Il redoute les Abencerrages ; il craint qu'un acte de barbarie ne renverse un trône mal affermi; mais, instruit àès long- temps h la perfidie , il retarde son crime pour mieux l'assurer.

Enfin, composant son visage, feignant de dompter un juste courroux : Ibrahim, dit-il, tes vertus ont rappelé ma clémence. Je &is grâce, pour l'^môur d'elles, à l'imprudent Abenhamet. Quant à ta fille, elle est d'un prix . qu'une seule action de courage ne peut avoir mérité* Je vais fournir moi-même à son amant

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