LIVRE III
l'occasion de s'en montrer cligne. Jaën , conquis par Gomzalve , était la clef de mes États ; qu'Âbenkanet reprenne Jaè'n , Zoraîde est sa récompense.
L'Abeacenage pousse un cû de joie et tom^ aux pieds de Boabdil : Tu me rends in- ▼inciWfi^ d roi de Grenade j tout mon s^iig ré- PMidn ppHF tfMt pejjit sei^ çxpi,ej^' les paçol^es écl^ppée& ^ laa, ieunesse.
Le monarque le relaye avec \ine bonté feinte , pKpclame Abenl?i,amet son général , çt décide (jïi.ç dantS^ trois jours l'armée partira pour Jaè'n.
Pendant ces trois siècles d'attente, le brave et tendre Abenbai^et prépare ses coursiers , «es armes. Ibrabim veut l'accompagaer ; le vieux Ibrahim se fait un honneur de servir sous son jeune ami. Mon frère doit suivre leurs pas. Les Abencerrages s'apprâteat. Le jeune amant, transporté de joie, court aux genoux de Zoraîde lui demandier d'orner sa lance d'un ruban, d'un voile qu'elle ait porté. Zoraîde cherche h lui cacher la profonde tristesse qui Taccable : elle lui donne une écharpe blanche où sa main broda leurs noms enlacés , ou le mot charmant de toujours se lit sous leurs chiffi'es unis. Zoraîde le revêt en pleurant de eet'te magnifique écharpe. Elle n'oic
1» GONZALYE DE CORDOUë;
«exiger de lui qu'il ménagera ses jours; mail elle prie son amant de veiller sur- ceux de sod père , et demande en secret à son père de re» tenir le courage de son amant.
Le moment du départ est arrivé; ramée est en bataille sur la place. Les Abencerra^ sont à Taile droite ; la gauche est fermée ptr les Zégris. Abenhamet parait bientôt, couvert, sous sa tunique bleue , d*une cuirasse Ibrgée dans Fez , ornée de Técharpe de.Zoraide; son turban , doublé d'acier , porte l'aigrette de it famille ; à son côté pend un cimeterre enrichi de diamans; et sa main gauche tient une lance maure',' armée à ses deux bouts d'un ïer aign. Il s'avance sur un coursier blanc » dont la crinière tombe jusqu'à terre. Il promène sur son armée des jeux remplis de courage et d'à* mpur, confie la droite au brave Almanzor, It gauche au prudent Ibpahim , et va donner le dernier signal.
Le roi parait alors dans la place avec l'étendard de l'empire. Cette enseigne si révérée, où l'on vojait sur un champ d'or une grenade de rubis , ne sortait de la mosqnée que dan» les grandes occasions. Boabdil la remet luimême entre les mains d'Abenhamet.
Abcnccrrage, lui dit-il, sois digne de mi
LITRE m i3
confiance ', et songe aux devoirs que t'iiapote , la présence du drapeau sacré. |
Abenhamet, eniyré d'ardeur, saisit cette enseigne d'une main avide, jure au monarque de mourir plutôt quevde l'abandonner. Il ap* pelle le brave Octalr, le plus vaillant de se» frères , il lui donne le saint étendard. Octalr, fier de cet honneur , se range auprès de son général , qu'il ne doit plus quitter d'un seul pas ; les trompettes sonnent la marche.
Hélas I l'aveugle Abenhamet courait , sans le savoir, k sa perte. Les Zégris l'avaient pré* parée avec le perfide roL L'étendard de Grenade assurait leut complot. Nos lois condam* nent % la mort tout général qui revient san» ce gage de notre gloire (i) : c'était dans ce cruel espoir que Boabdil le confiait à son rival.
Abenhamet n'est occupé que de l'espoir d'obtenir Zoraide. H marche d'un air triomphant à la tête de ses guerriers; il ne peut contenir ses transports; et, suivant l'usage
(i) Cette loi existait chez les premiers Arabes. On peut voir les eflbrts Incroyables que fit Jaffar, h la bataille de Mouu, pour sauver Fétendard de Pitlamiime. (Savâbt » Vie de Mahomet , page 1 5 1 . }
Ooasalve. a. 2
f4 GONZALVE DE CORDOUE.
^e notre nation , lorsqu'elle ya chereber les combats , il chante ces paroles guerrières an bruit des cymbales et des triantes :
hJk nompmt appelle mx aianiet, Seijons e9u:>%nii la vs^ur; JEeup6# «naim , c'est dov dq», afm^ Qnïf dépendra notre bonheuc.
l« Y>^x qiii suit une victoire Es^ encore un plus heureux jour :
L*amour récompense la gloire , Et la gloire embellit Tamour.
Souvent Famant te plus feRIe Déplaît aux yeux qui Vànî cbartti^t Ponrun vainqueur poin» de emtUe, Gdui qu'on adttûre est aimé.
Aux bellfea un héroa faitClBire Qu'il doit les soumettre h son tour; Et la be«iM<Q oède à la fjIfiSm Çb qu'elle diijpnte; i l'avoui;
, Amoub , honneur, dieux de nos âmes., Eécidez seuls de notre sort ; A dfi$ coeurs brûlés, de vos flammes Connez le triomphe ou la mort P^riMeas dignes de mémoire ; Ou qu'on diae, k notraretour :
L'amour a tout fiât pour la gloire, La gloire obtient tout de l'amour.
LIYBE III. il
Mail les Z^rii , par un avis secret , avaieiu av^erti Gonzalve. Ce héros était dans Jstëu avec Lara, son fidèle ami, Lara, le plus fameux des Gaâtillafis après Gonzalve, et presque aussi fa4al 4 Bia patrie ^ue cet indomptable guerrier.
Quoique leurs Groupes fassent peu nombreuses , les deux Espagnols n'attendent pas les Maures ; ils yîenn^it aU-deyant d eux. Par one marche ss^rante, ils attaquent tout à coup notre armée avant qu'elle soit sur leur terri'toire. ^os soldats fturpri4 prennent l'époiiyantte. Abenhâmet^ malgré ses efforts, ne peut ranimer leur yaleur. Il court» cherche, appelle Gonzi^ye » le joint « l'arrête quelques instans ; il blesse jnéme le héros. Mais Gonxalye , d'un coup plus sàr ^ le renverse sur la potiasière. De là, joignant Octair , il fait yoler d'un seul revers la main qui porte iëiendard. Octair le reprend de l'autve; elle est coupée par Gonialve. Alori le ^èle Octair» avee le reste de set brat» saisit encore l'enseigne sacrée» et la terre contre sa poitrine. C'est ainsi qu'il reçoit la mort, et le terrible Castillan •'empare du fameux drapeUm
AÏmattzor vole pour le reprendre , à la tête Hee Abencenrages } mais Lara, vainqueur des Zégritf revient les envelopper. Le combat
i6 ;&ONZALVE DE QORDOUE.
n'est plus qu'un carnag«. Ibra}iiin , b«igué dans son sang, meurt en appelant Zoraide. Abnanzor blessé se soutient à peine. Les Aben* cerrages , trahis , abandonnés de toute l'armée, tombent, expirent tous le 'fer, sans qu'aucun d'eux demande à se rendre sans qu'ils renient s'éloigner d*an pas du corps d'Abenbamet mourant* - Gonzalye , qui les admire, cesse le premier de frapper. Il commande à ses Espagnols dt leur ouvrir un passage : il facilite la retraite à des ennemis qu'il estime, qu'il veut yaincre, et non massacrer. Ahnan»or enlève Abenhamet sanglant, le fait porter au milieu de ses frères, et se retire; mais sans foir, sana désordie comme sans crainte, et retournant vers le vainqueur oe front tant de fois triomphant
Déjii les Zégris , arrivés les premiers , avaient répandu dans Grenade la nouvelle de la défaite. Les mères , les épouses « tremblantes, st* tendaient^ aux portes de la viUe^ le r^our des Abencerrages. Zoralde surtout, Zoralde redemande son père et son amant à tous ceux qui revenaient du combat. Elle aperçoit la vaillante famille réduite à un escadron peu nombreux, teinte de sang, couverte de blessures , portant Abenhamet expirant. A cette vue , elle jette un cri, vole, s'élance vert Aimanter <
lfo9 p^ l iiBK>ii père ! dit-^le Ai-je tout
perdo daiife ce jour afireux ? Almanzar répond par des lar»e». Zoraide cherche Ibrahim avec des jreux égarés; elle les fixe sur le visage pâle de son amant , elle regarde le muet Almauxor, n'entend que trop son silence , et tombe sans couleur, sans rie, entre les pieds des chevaux.
On la secourt, on l'emporte. Almanzor marche k FAlhambra pour avertir le coupable roi des dangers qui menacent Grenade. X.e8 Abencerrages , au milieu des pleurs, vont déposer dans sa maison le malheureux Abenhamet^ ^
Ses blessures sont visitées : elles sont terrihles et nombreuses. On espère pourtant larracher à la mort. On arrête le peu de sang qui reste encore dans ses veines ; on panse ses larges plaies avec le haume précieux que l'Arabie nous fournit. Abenhamet reprend ses sens. Mais à peine il se reconnaît, que, repoussant ceux qui l'environnent : Je suis vaincu ! s'écriet-il , je suis vaincu ! je l'ai perdue ! je l'ai perdue pour jamais ! . . . .
£n disant ces mots il déchire les voiles dont on vient de bander ses blessures ; il Uix couler de nouveau son sang , et retombe dans l'état flffi^eux d'où les secours l'avaient tiré.
Zoraide , dans le palais , nous donne .les
tS aONZALVE DI €X>RDOUE.
mèwÊiêi ftlarmes. i^ccablée d «Bed^uleonsomey qui lui dte k fàonlté de ple««et'| Mê nous contemple à^iee diei jeaa. {arovtchny fsnaiot^c€ fan» cesse les .noms d*Ihrabim tt> d'Abeobsmet y regarde ensnite hi terre dn répétant ees noms M che«6 ; et tout à eonp d'horribles crte, des monremewi conTalsi& suoeèdent à c% cftime apparente Une fièvre «rdente s*empare d'eue ^ le plus eSbmf^iït d^ire- la transporte au milieu de» combats ;' elle y^ tisnge >» mort de son pcce. elle j défeod mhx époux^ Le» soins f les renèèdes » sont inutiles-} on déee»père de ses jours.
Tandis que chaque fiarmille est ainsi plo»* gée dons 1« douleur , 6«nialve rktlyrieinc parait aous les murs de Grenade.' Mon frère, qui Tarait prévu ,, mon frère ^ notre seul es^ poir ^ appelle nos gnerriei^s num ta!mie$* Eoribdil lai-mômc> avoc tes Zégris , scrrf eonfre les Espagnols. ÀhnauEor , suiyr des Abeactrrages. repousse Lara loin de née remparfi». Mait^ le rot, pressé parGoazahre, peèad lia âriite devaut ce guerrier; il regagne p^eijnnasnment la ville. . L'iatxêpidc C^astilhii» 119 povirmit au sein de no* unira t abondeané àe «e^ les siens , ik itokCy il pénètve jusqn^à TAlhikinbra. Je l'ai vu, seigmeuv, je l'ar vujîteet«e; image m'oit encove présente, et m» fair ifris^otmer