‹ Gonzalve de Cordoue; ou, Grenade reconquiseChapitre 55 sur 135 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

il confi^sera son crime , il rendra gloire h la vérité, Mofarix Tentend , et rouvre la paMpiére; les juges s'approchent de lui.

J'ai mérité mon sort , dit Mofarix ; Zoraîde était innocente; Abenhamet ne voulait que s'inuuoler à ses pieds. Leur funeste entretien n eut rien de criminel. Que le Dieu du ciel me pardonne ! et que les Zégris , profitant du terrible exemple.. «.

Il n'achève pas ; l'impitoyable mort le saisit.. Les juges publient son dernier aven.

Cependant les quatre vainqueurs veulent repartir à l'instant. Malgré leurs blessures , malgré les prières d'Almanzor , ils vont sa* luer la reine, qui ne peut trouver que des larmes pour leur exprimer sa reconnaissance. Couverts de sang et de gloire, admirés, bénis par le peuple, ils reprennent leur premier chemin^ Almanzor et les Alabe* les accompa* jgnent jusqu'aux portés. Là , les <{uatre Espajgnols les quittent , et: vont gagner l'épaisse Ibrèt où leur suite les attendait.

Boabdil , instruit de l'événement et de l'aven tardif du Zégri , se hâte de se rendre à la place. Il ;monte sur l'échafaud où Zoraîde était encote : en l'apercevant , elle frisiionne , détourne la vue, tombe dans nos bras. Boabdil , à genoux devant elle , implore le pardon

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de tant d'outrages , lui jure de les ^éptrer par un respect éttrnel , la supplie de revenir h l'Alhambra régner sur son peuple et sur luimême.

A ce mot, l'indignation rend à Zoraide toute sa force. Qu'oses-tu proposer? dit-elle. Ah ! j'en prends à témoin Dieu et ce peuple, tu m'as livrée à la honte , tu m'as condamnée à la mort. Le ciel a dévoilé mon innocence ; la honte n'est plus à craindre pour mois, mais s'il faut vivre sous ton pouvoir, s'il faut retourner prés de mon bourreau, mon choix est fait; que ce bûcher s'allume, je renonce au triste bienfait que je dois à des étrangers. Grenadins, qu'on me livre aux flammes, ou qu'on m'arrache à ce tyran»

Elle dit , et de toutes parts on crie à la fois qu'elle est libre, que les nœuds de son hjrmea sont rompus. Les juges, les imans, s'avan-. cent; ils déclarent à Boabdil que Zoraide arrachée au supplice n'en est pas moins morte pour son époux. Ce monstre garde le silence , il n'ose irriter ses sujets ; il craint de braver ces lois qui si souveiit ont voilé ses crimes. Forcé pour la première fois de mettre uu frein à sa colère, il va cacher dans l'AlhaiBbra *»on dépit , et non ses remords.

Zoraide, qui le connaît, veut sortir de Grt-

LÎVRE IV. Co

made k rbieure même. Âlmanzor lui donne son char; Âlmanzor et les Âlabez l'accompagnent jusqu'à Carthame, TÎUe où s'étaient réfugiés les malheureux frères d'Abenhamet. ^ Après l'aroir confiée à leurs soins , Almanzor se bâta de nous rejoindre, et nous apprit que les EspagBols n'étaient qu'à deux milles de nos remparts.

Le péril commun éteignit les haines. Les Alabez, lés Almorades^ oubliant leurs ressentimens, se réunissent aux Zégris; toutes les tribus réconciliées viennent jurer à feoabdil de Biourir potir la patrie. Mon frère , nommé général, prépare la plus terrible défense. Le vénérable Mulei , ne songeant qu'au salut de l'empire , court embrasser les genoux de son fils, le supplie de réparer l'injustice faite aux Abencerrages, en les rappelant dans nos murs.

Boabdil j consent par crainte ;" des ambassadeurs sont nommés pour porter à la tribu Taillante les excuses, les présens du roi, pour les inviter à venir reprendre leurs biens, leurs places et leur rang.. Mon père veut être luimôme le chef de ces ambassadeurs : il part , il arrive à Carthame, assemble la noble famille, qui €k éclater à son aspect des' transports de joie et d'amour. Mulei descend pour Boabdil jusqu'aux prières les plus soumises j il plaint

a6 CONZALTE DE CORDOUE.

le triste tort des rois toujours entourés d» trompeurs, excuse la jeunesse de son fils, parle du danger dont sont menacées la religion, les lois, la patrie, et déploie en £iyeur d'un ingrat cette éloquence de Tâme, le seul art qjte se permette la vertu.

Dès qu'il a fini son discours, Zéir, noo-; veau chef des Abencerrages, ya prendre Tayis de ses firères, et se charge de répondre en leur nom..

Roi de Grenade , dit-il , car c*est .toi seul que nous reconnaissons pour roi, tu Wees de recevoir de nous la preuve de respect la plus sensible , la seule difficile à nos cœuis \ nous t'avons écouté jusqu'au bout : écoutenous h. ton tour. Nous sommes prêta à mourir pour la religion et pour toi ; mais s'il était un Abencerrage assez indigne , asssez lâche pour pardonner à Boabdil, nous l'immolerloiu à l'instant. Boabdil!.^... Grand Dieu ! ce seul nom nous fait frémir de fureur. Mulei , ne le prononce plu^T : garde-toi de nous rappeler que tu fiis assez malheureux pour donner la vie à ce monstre.

Mais les tjrrans passent , et la patrie reste. Cette patrie est en danger, nous périrons pour la défendre. Garthame nous appartient : nous saurons conserver cette place imprenable^

noas 7 TÎvrons indépendans , et souvent noui en sortirons pour aller combattre sous ros jBiirailles , poui< aller prodîg;uer notre san^ à la défense de nos assassins. IH en demande pas plus , Mulei ; jamais les Abencerrages ne rentreront dans Grenade tant que. l'air c[u*on j respire sera souillé par Boabdil.

Ainsi parle Zéir. Ses frères applaudissent et repoussent ayec horreur les présens qu'on leur destinait; ils ordonnent aux ambassadeurs de sortir aussitôt de leur ville, Mulei , qu'ils yeulent retenir , résiste à leurs tendres instances , et vient porter au roi coupable la réponse de la fière tribu. Je m'informai da Zoraf de : j'appris avec inquiétude qu'elle n'é-. tait plus dans Garthame; que, suivie de la seule Inès , elle avait disparu depuis peu de jours.

Je la plaignis , je lui donnftî des larmes. Hélas' ! c'était sur ^oi-'inème que bientôt je devais pleurer. ^X

Boabdil avait dès long-temps! envojé dans toute l'Airiqua solliciter des secours. Les tri-f bus errantes des Bérébères , peuples pasteurs du pied de l'Atlas , firent partir six mille cavaliers , conduits par le jeune Ismaël et par son épouse Zora , couple heureux autant qu'aimable , dont les mœurs douces et pures ,

la tendresse, la touchante union, deTraîest senrir d'exemple à tous les- mortels. Ils furent sniris du prince Alàonar, déjà fameux dans rÉthiopie par sa force , par sa yaleur, et qui , suit! de dix mille noirs, accourut défendre nos murs^ Boabdil reçut ce guerrier comme son dieu tutelaire, lui prodigua les sermens, les caresses; et la conformité de leurs carao tètes les unit bientôt d une étroite amitié.

Je fus assex infortunée ponr plaire au féi^ct Alamar. Incapable de ce respect tendre , de cette délicate timidité , qui rendent contagieux l'amour, le téméraire Africain osa me déclarer ses vœux. Alamar n'était pas né poar qu'on lui pardonnât cette audace : ses jeux ardetas et farouches, sa taille de géant, son ^sage noirci , ne pouvaient inspirer que 1 ef" froi. Je frissonnais en l'écoutant ; et sa sanguinaire valeur, son mépris du ciel et des hommes , avaient fait naître pour lui dans mon âme une insurmontable aversion. Je lui répondis avec la fierté qui convenait à ma nais^ sauce , surtout k mes sentimens ; mais je prit soin de ne pas offenser l'allié de ma patrie f l'ami redoutable de Boabdil,

Ce fat alors que la reine Isabelle , après avoir réuni son armée k celle de Ferdinand, vint établir son camp devant "nos murailles ,

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