LIVRE ÏV
«t nous fit annoncer par ses hérauts qu elle avait juré de périr, ou de s'emparer de Grenade. Boabdil , pour toute réponse , envoya le prince africain attaquer le camp espagnol. Âiamar porta la terreur jusques aux tentes de U reine , renversa tous les guerriers qui tentèrent de l'arrêter, fit un massacre afi'reux des Chrétiens , et revint , couvert de gloire , demander à Boabdilde lui donner ma main pour prix de ses travaux. Boabdil j consent avec joie : lui-même conduit l'Africain dans le palais de mon père , déclare au malheureux Muleî qu'il a disposé de sa fille , et m annonce que le lendemain je serai l'épouse du prince Âiamar.
Mon père , sans autorité , ne pouvait pas me défendre ; Almanzor était dans les AU puxares , occupé de chercher des soldats. Sang appui , sans secours que mes larmes , inutiles avec mes tjrans , je n'espérais que dans mon courage : le désespoir me fit tout oser.
J'allai trouver la jeune Zora, cette vaillante amazone venue avec les Bérébères à la défense de notre patrie. Dès les premiers jours de son arrivée , je m'étais senti pour Zora ce penchant involontaire que nous commande la vertu. Elle connaissait et plaignait mes malheurs ^ elU haïssait Aiamar Je n hésitai pas à
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me confier à soa zèle. Je lui demandai son hcours. L'aimable étrangère prépara ma ^te , me donna pour m'acoompagner trente de ses braves Numides , leur ût jurer de me défendre, de plutôt mourir que de m'abandonnera eX, sûre de leur fidélité ^ Zora m^ouvrit . dans les ténèbres , la porte qu'elle gardait. Je m'échappai de Grenade , entourée de mon escorte , ne sachant encore où porter mes pas. Layiile des Abencerrages était la retraite la plus sûre; mais leur chef Zéîr et deux de ses frères avaient soupiré pour moi ; ce n'était pas à des amans, mcme yertueux , que je voulais confier ma vie. Je pensai qu'auprès de Malaga , dans le palais solitaire que mon pèr« Mulei^-Hassem . m'avait autrefois donné , je pourrais cacùer ma vie aux recherches d'Alamar , je pourrais instruire mon frère de la violence qu'on faisait à mon cœur. Je prends aussitôt cette route , suivie de mes cavaliers , ne marchant que la nuit , de peur d'être surprise, et priant le ciel de me dérober aux poursuite» de moa ennemi.
Mes prières furent vaines. J'avais à peine atteint le rivage des mers , que je me vois environnée par un escadron d'Alamar. Me»
courageux Bérébères résistent et me défendent ; mais , accablés par le nombre , ils sont égoigcs
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on mis dans les fers. Le chef de ces horribles noirs me saisit , m'enlève mourante , me porte dans un navire qui lattendait non loin du bord. Il y monte avec ses captifs , et m'annonce alors ^e son maître , voulant s'assuror son épouse , me faisait conduire dans ses États.
Mes malheurs étaient à leur comble. La mort seule pouvait m*arracher au sort affreux qui m'attendait t je voulus la chercher dans les flots, pendant la tempête que nous essu^râmes ; mes gardes m'attachèrent au mât du navire. Vous savez le reste, seigneur : votre courage plus qu'humain m'a sauvée de ces barbares ; mais mon malheur nous a ramenés dans les £tats de Boabdil. Je tremble des périls qui me menacent encore; cependant j'éprouve une douceur secrète en songeant que vous m6 défendez.
Ainsi finit le récit de la belle Zuléma. Gonlal ve , charmé de l'entendre , ne peut exprimer ses transports : agité de mille pensées , il livre son âme à l'espoir , à la tristesse , à la crainte ; et Zuléma le laisse en proie à ces sentimens divers.
FIV DTJ QVATIIÏME tlVBE.