LIVRE CINQUIÈME
IMPRESSI05 que fait sur GonzalYe le récit (le Zulénm, Situation des deux amans. Les blessures de Gonxalve le retiennent. Le siëge de Grenade se continue. Préparatifs de Ferdinand. Isabelle occupe rarmce par des jeux. Combat de taureaux. Fêles espagnoles, soins vigilans d'Almanzor. Songe et terreur de Moraïme. Almanzor part avec Alamw pour aller sui prendre les Chrétiens pendant la nuit Attaque et incendie du camp d'Isabelle. Exploits d'Alaraar et d'Almanzor. Mort du prince de Portugal : désespoir de son ëpouse. Almaïuor ne veut point rentrer dans Gi-enade : il fiiit camper les Alauvcs sur le champ de la victoire. Efiroi des Espagnols. Discours religieux d^lsabeJJe : cJif ranime ses troupes. Lara les établit dans dst retranchcmens.
J EU5ES cœurs qui savez aimer, vous n'avei pas oublié ce jour où l'objet de votre tendresse vous fit palpiter pour la première fois. Il vous souvient que le doux plaisir , le délicieux sen» timent dout vous étiez enivrés , était troublé par la crainte qu'un heureux rival ne vous eût prévenus , que celle à qui yoii» vouliez plaire
GONZALyE DE CORDOUE. nVRE V. ^3 ne fùl enchaînée par d'autres liens : elle était si belle, elle annonçait tant de vertus, qu'il vous semblait impossible qu'un seul mortel eût pu la voir et ne pas brûler pour elle. Avant d'oser lui déclarer ce que votre trouble avait déjà dit, vous vous efforciez, en tremblant , de pénétrer son secret ; vous vous alarmiez d'une parole, vous interprétiez un regard ; et , lorsqu'après mille détours , après cent questions éludées , vous parvîntes à vous assurer que son âme, libre et paisible, était encore à conquérir , que vous pouviez prétendre au bonheur , à la félicité suprême d'j faire naître le premier amour. ... Ah ! jeune amant , rappelle-toi ce que tu sentis , et donne tous les jours qui te restent pour jouir encore d'un semblable instant.
L'heureux Gonzalve en jouissait., Depuis que la princesse maure a parlé rie son aversion pour le féroce Alamar , depuis qu'en racontant sa vie elle a fait entendre au héros qu'elle n'a point connu l'amour, Gonzalve osait ouvrir son âme à l'espoir : Gonzalve , sans cesse occupé de ce récit, l'avait toujours présent à sa pensée : dans le silence des nuits , Il vôjait , il écoutait Zuléma. La seule idée ie cet Africain osant aspirer à lui plaire venait allumer sa fureur : il brûlait d'être devant
OonzalT*. 9. 7
74 GOIÎZALVE DE CORDOUE.
Grenade , de voir , de joindre ce fameux guerrier , de le vaincre , de le punir de son audace criminelle. Son cœur étonné connaissait la haine ; et sa colère contre Alamar lui faisait presque souhaiter de quitter bientôt l'objet de ses voeux.
D'autres pensées plus douces ,' mais non moins tendres , occupaient la jeune princesse. Sure de l'amour de cet étranger, sans s'être permis de le désirer, décidée à lui consacrei sa vie , sans s'être avoué qu elle l'aimait , elle formait le dessein de retourner avec lui près de son père : il lui semblait que sous sa garde elle n'avait plus rien à redouter. Mulei , Almanzor, Boabdil, Alamar lui-même, tout le peuple maure, devaient respecter ou craindre ce héros ; sa valeur , qu'elle connaissait , pouvait délivrer Grenade; et la plie de MuJei- Hassem était la seule récompense digne d'être offerte à tant de vertus. /.
Telles étaient les cnimères dont se rebaissait Zuléma. Mais les blessures de Gonzalre doivent le retenir long-temps. La princesse dépêche en secret un esclave à Mulei-Hassem pour l'instruire des lieux qu'elle habite. En attendant le retour de cet envojé fidèle, clic se croit obligée d'emplojer tous ses momeaf k s'occuper de f on libérateur : toujours prê«