LIVRE V
grande reine connaît dès long-temps combien la présence de l'objet qu'il aime augmente la râleur d'un Espagnol; elle sait que, chez sa nation, l'amour, le brûlant amour, est le plus fort aiguillon de la gloire : elle a Youlu que sa cour la suivît. Les plus belles des Castillanes sont auprès d'elle dans son camp : Blanche de Médina €éli , Éléonore de la Gcrda, Séraphine de Mendoze, Léocadie de Fernand Nugnès , une foule d'autres beau^ tés , dont chacune est l'idole d'un héros , environnent sans cesse la reine, et s'effacent mutuellement. Mais toutes sont éclipsées par la princesse de Portugal : fille d'Isabelle (i), glorieuse de porter ce nom , elle en est digne par ses charmes, plus encore par ses vertus. Adorée de l'heureux Alphonse, qui vient de recevoir sa foi , la jeune et tendre princesse n'est occupée qpie de retenir la valeur imprudente de son époux. Jaloux de la renommée de ce fameux Almanzor, l'honneur, le soutien d^ Grenade : Alphonse témoigne hantcment son désir de s'éprouver contre lui. Sa
( I ) L'infante Isabelle , 6lle aînée de la reine Isabelle, avait ëpo^sé Alpbo^se, fils du roi de Porlugal. Elle devint venye peu de temps après son mariage.
tremblante épouse n'ose l'en détourner-, mais un noir pressentiment fait en secret couler ses larmes , et le seul nom d'Almanzor lui caus€ un mortel effroi.
Au milieu du camp est un vaste cirque environné de nombreux gradins; c'est 1^ qQ<! l'august'e reine , habile dans cet art si doux da gagner les coçurs de son peuple en s 'occupant de ses plaiâirs , invite souvent ses guerriers au spectacle le plus chéri des Espagnols. Là , les jeunes chefs , sans cuirasse , vêtus d'un simple habit de soie , armés seulement d'une lance , viennent , sur de rapides coursierg*', attaquer et vaincre des taureaux sauvages. Des soldats à pied , plus légers encore , les cheveux enve*loppés dans 'des réseaux , tiennent d'une main un voile de pourpre , de l'autre des flèches aiguës. Un alcade proclame la loi de ne secourir aucun combattant » de ne leur laisser d'autres armes que la lauce pour immoler , le voile ds pourpre pour se défendre» Les rois , entouré! de leur cour, président à ces jeux sanglans*, et l'armée entière , occupant les immenses amphithéâtres, témoigne, par des cris de joie, par des transports de plaisir et d'ivresse, quel est son amour effréné pour ces {intiques combats'«
Ik signal se donne, la barrière s'ouvre î ï«