‹ Gonzalve de Cordoue; ou, Grenade reconquiseChapitre 61 sur 135 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

lit j paraissent en habits de fctes , couverts d'un liche et court manteau, qu'une agrafie d'or relèye ayec grâce : leur chapeau large et rabattu est surmonté de plumes rouges que rassemble un nœud de diamans ; leur chevelure tombe par boucles sur leur fraise éblouissante y et le léger duyet d ebène qu'ils laissent croître au-dessus de leurs lèvres semble donner de nouveaux charmes à leur visage doux et guerrier.

Chacun d'eux présente la main à celle que son cœur préfère. Les instrumens donnent le signal; et, dans une danse noble, mesurée, où la gravité n'ôte rien au plaisir, où la décence ajoute à la grâce , les deux amans attirent tous les jeux en ne regardant qu'eux seuls ( i ) . Bientôt des airs plus rapides donnent l'essor à leur légèreté : ils se mêlent , se joignent , se quittent , reviennent précipitamment à la place qu'ils ont lais4l , se friient de nouveau pour s'atteindre encore , et savent peindre dans leurs mouvemens les transports , les tendres surprises, la douce langueur de l'amour (2).

Lorsque la sévère Isabelle a mis fin à ces

(i) La sarabande.

(2) Les segaidiUas.

8a GONZALVE DE CORDOUE.

jeux aimables , et que les jeunes beautés , retirées dans leurs asiles , donnent aux tendres souvenirs les heures destinées au sommeil, leUr amant , qui veille comme elles , erre au^ tour de la tente heureuse qui renferme l'objet de ses yœux. Cortez surtout ; l'amoureux Certes vient toutes les nuits attendre l'aurore k U porte de Séraphine. Un voile léger est le seul obstacle qui le sépare de son amante ; mais ce voile est impénétrable ; le respect en est le gardien. Enveloppé d'un large manteau, sontenu sur sa longue cpée, Cortez fait doucement frémir les cordes plaintives d une guitare, et chante sur un air lent ces paroles interrompues par ses soupirs :

DÉROBE ta lumière, ô lune trop brillante! Fïuit , garde le secret de ma timide ardeur; Zëpnyrs, portez ma voix jus^ues à mon amante |

Mais qu'elle s'arrêtttàaon ^œur.

Et voos qui, loin de cette i)dlet Ignorez de l'amour les douloureux tourmens,

Dormez , donnez , indifierens , Tous seriez mes rivaux si je vous parlais d'elle.

Pehdant le jour, h^asl réduit à me contraindraf Je tremble qu'un soupir ne trahisse mes feux : Je désire la nuit ; alors j'ose me plaindre, Et je me crois moins maUieui«ux.

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