‹ Gonzalve de Cordoue; ou, Grenade reconquiseChapitre 62 sur 135 · LIVRE T · texte numérisé non relu

LIVRE T

Vaine erreur ! loin de sa présence Le monde est un désert; seul j'j parle d'amour :

Reviens, reviens, flambeau du jour; J*aime mieux la revoir, et garder le silence.

Au milieu d'une de ces nuits où le repos du camp n était troublé que par les plaintes des amans , Almanzor, fatigué des travaux , des inquiétudes qui l'occupent sans cesse , goûtait auprès de Moraûne les douceurs d'un tranquille sommeil. Ce héros , dont l'âme intrépide ne connaît d'autres passions que la gloire et son épouse , après avoir donné tout le jour à visiter les remparts , à fortifier les postes , k redoubler par son exemple le courage des soldats , revenait chaque soir avec l'ombre trouver la solitaire Moraîme , la raslurer contre des périls qu'il ne craignait pas pour elle, et chercher dans ses embrassemens cette récompense si pure que le chaste amour donne à la vertu.

Tandis qu'au fond de leur palais tous deux , en se tenant la main , reposent sur un lit de pourpre , Moraîme jette un cri terrible , et s'éveille baignée de pleurs : troublée, respirant à peine ^ elle se précipite , en poussant des sanglots , dans les bras d'Almanzor surpris; elle le presse coqtve son cœur, elle l'iaonde de ses larmes. /< '

Chère épouse , lui dit le héros , cl*oii Tient cette terreur soudaine? Qui peut te canser tant d'effroi ? Je suis ici , ma tendre Moralme; c'est contre mon sein que ton sein palpite; c'est ton Almanzor qui te parle , qui te rassure , qui te défend»

Ah! mon bien -aimé, répond -elle, quel horrible songe vient de m'effrajerl J'airu.... . Mes sens m'abandonnent ; ma voix expirante ne peut achever. . . . J'errais dans cette vaste plaine qui nouâ sépare de nos ennemis ; les deux armées étaient en présence , nos Maures bordaient les remparts. ... Je t'ai vu , brillant de lumière , resplendissant dés feux de l'acier, t'avancer seul , défier Gonzalve , et combattre ce Castillan. Je t'ai vu vainqueur , mais couvert d'un crêpe qui t'enveloppait de ses noirs replis. Nul mortel n'osait t'approcher. Je eoars, je vole à ta rencontre , je veux te serrer dans mes faibles bras. .. . liÊnrè^e s'étend sur ma tête ; nous tombons tous deux dans un lac de sanjy. . . .

O mon époux ! ô mon ami ! je connais trop bien ta grande âme pour chercher à l'intimider; mais je te demande, mais je te supplie de te souvenir que dans l'univers Moraime n't que toi seul. Ma famille est presque détruite; mon père et mes frères sont tombés seul les

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