‹ Gonzalve de Cordoue; ou, Grenade reconquiseChapitre 64 sur 135 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

Alinanzor «tonné se lève; il écoute; le bruit des armes se mêle à celui des coursiers. L« héros s*élance à son glaiye, couvre sa tête d'un large turban^ revêt à la hâte sa foita cuirasse , et , sans vouloir entendre Moralme ^ court s^informer lui-même de la cause de ce mouvement.

A peine arrivé sur la place , il voit au milieu des flambeaux , k la tête des noirs Africains, Alamar, le fier Alamar, monté sur un coursier de Suz , couvert d'une peau de ser^ pent , dont les écailles impénétrables le garantissent presque tout entier , et dont la têta sanglante et hideuse se replie autour de son turban vert.

Prince de Grenade , lui dit le barbare , tu dors, et moi je vais combattre ; tu reposes près de ton épouse , et moi je vais porter le feu dans les tentes de Ferdinand : j'cp ai l'ordre *de Boabdil. Je cours , avec mes seuls guerriers , attaquer ces £ers Espagnols qui , nous crojant trop lâches pour les surpreudre , attendent au milieu des fêtes que la famine nous rende captifs. Je vais troubler ces fêtes superbes ; je vais inonder de sang ces pavillons , séjour des plaisirs. Almanzor ose-t-il me suivre?

Il dit : le héros le regarde avec un sourire

68 GONZALYE DE GORDOUE.

amer : Sois tranquille , lui répond-4l , Ahaan^

zor te devancera.

Son ordre appelle aussitôt les Zégris et les Alabez. Il demande un de ses coursiers , s*anne de sa pesante masse , s élance à côté d'Âlamar, semblable au dieu des batailles , fait défiler en silence les trois escadrons réunis , et sort par la porte d'Elvire.

Ils marchent ,' ils sont dans la plaine. Ayaat d'arriver aux premières gardes, Almanzor convient avec Alamar de l'ordre qui doit s'observer : les Zégris , sous leur chef Maaz , se porteront au centre du camp , où les guerriers de Gastîlle gardent leur reine Isabelle; la gauche, défendue par le vieux TelJcz et par les chevaliers de Calatrava , sera surprise par les Africains , commandés par Alamar ; Almanzor et ses fidèles Alabez feront leur attaque à la droite , où s est placé le roi Ferdinand , an milieu des Aragonais.

On obéit, on se sépare : on avance d'un pas é^al , rapide , mais sans tumulte. Les ténèbres favorisent les Maures; la sécurité de leurs ennemis semble assurer leur succès. Les premières gardes sont immolées ; les secondes ont le même sort. On arrive aux retranchemens, et les coursiers d'Afrique les ont franchis. Alors la troupe d'Alamar jette des cris époo*

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