‹ Gonzalve de Cordoue; ou, Grenade reconquiseChapitre 65 sur 135 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

vantables, celle d'Almanzor lui répoad : lea Zégris au centre lui répètent ces clameurs* Au même instant , et des trois côtés , le camp est inondé de Maures. Semblables aux lions gétules qui rencontrent dans le désert un troupeau de cheyreuils timides , ils se jettent sur les Espagnols , attaquent , poursuiyent , égorgent ceux qui fuient, ceux qui résistent, ct|&- \ÊS%ent les corps expirans, et craignent qtiv, leurs bras lassés ne puissent servir lt:n^ fureur.

Alamar, ivre de sang, seul, et déjà loiti des siens , dans le tumulte , dans-les ténèbre», parcourt lé quartier de Tellez , brisaiit , immolant au hasard tout ce qui vient s'oflfrir h ss rage. Le vieux Tellez , au premier bruit , a fait sonner la trompette : le glaive à la main , sang bouclier, sans casque, précédé de quelques flambeaux , il court , il appelle ses chevaliers. Alamaîr l'entend, vole à lui, renverse ceux qui l'environnent, saisit le vieillard par ses cheveux blancs qu*ont épargnés plus de cent combats, frappe, et d'un coup de cimeterre enlève cette tête vénérable , respectée dejpuis si ioug-temps. Sans s'arrêter, l'Africain s'élance vers l'escadron de Calatrave, qui se rassemble , se forme en désordre pour se rendre i la voix de Tellez. Alamar arrive comme I«

t^ GONZALVE DE CORDOUE.

foudre : Voici votre chef , crie-t-il ; je tous le rends sans rançon. Il leur jette alors la tète 'fanglante y se précipite dans cet escadron , le dissipe , le met en fuite , et courre la terre àf morts.

I Pendant ce temps le brare Almanzor ré- |)and la terreur au quartier du roi. Les Ara» gonais, surpris, accablés, périssent ou se clispersent. Leurs chefs , Aranda , Montalyan , veulent en vain rallier les fiijards ; ils tombent sous \çs Alabez , qui , 'fermes , serrés daas leurs rangs , semblables à la mer en courroux lorsqu'elle envahit ses rivages, s'avancent, détruisent , renversent tout ce qui tente de les arrêter. Almanzor dirige leur course sans trouble comme sans fureur : il dédaigne d« frapper des vaincus ; il s'occupe du fruit de la victoire plus que du courage qui doit l 'aclieter. Déjà' ses ordres sont donnés ; déjà les flambeaux s'allument. L'es tentes sont embrasées; des torrens de fiimée épaisse s*élèvent à gros bouillons , et vomissent une longue flamme qui s'accroît en ondoj^ant. Alamar et ses Africains l'aperçoivent à l'aile gauche : anssitôl les feux se répandent dans le quartier de Telïez. Les pavillons tombent, l'incendié éclate; et les deux flammes, s 'élevant ensemble, menacent de se joindre dans peu de momcns»

Page 1