‹ Gonzalve de Cordoue; ou, Grenade reconquiseChapitre 68 sur 135 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

iQler chercher Almanzor , et , rappelés par le monarque , reyienaent à regret à sa voix.

Ainsi ranimai courageux , né dans les rocs des Pjrénées pour la défense des troupeaux , attaché par de fortes chaînes à la porte d'une hergerie , et quî roit de loin des loups ravissans, gronde I se hérisse, menace, remplit l'air d'afireux hurlemens, mord sa chaîne qu'il t tendue de tout son poids, de tout son effort, et fait retentir le Lruit de ses dents qu'il aiguise sur elles-mêmes.

Calme au sein de la victoire, comptant pour rien ses succès tant que Grenade n'est pas délivrée , Almanzor propose de se réunir pour porter les derniers coups à cette redoutable phalange, et terminer la guerre en la âétmisant. Mais les forces du grand Almanzor ne peuvent servir son courage : le sang qui coule en abondance de sa douloureuse blésmre , ses soufirances qu'il dissimule , et qu'a redoublées un instant de repos, ne permettent pas à ce vaillant prince de revoler aux combats. Les Alabez, dont il est adoré, tremblant pour ses jours précieux, refusent à haute toiz de lé suivre. Les Africains , Alamar lui* même , satis£dts des exploits de la nuit , dettundent à retourner à Grenade. £ie héros ^Diif le*écOtite:il médite un nouveau projet

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qui lui conservera son avantage , qui doit redoubler la consternation de ses ennemis vais* eus. Il sait combien à la guerre il est important d'inspirer l'effroi , combien souvent un pompeux appareil en impose plus que la victoire même : il appelle le fier Alamar , rassemble autour de lui ses capitaines , et , prenant sor eux ce noble ascendant que leur conscience donne aux grands bommes :

Eb bien ! leur dit-il , je cède ; Almanzor consent au repos ; mais vous ne consentirez pas à perdre le fruit de tant de succès , à regagner en fugitifs des remparts menacés encore. Amis, jurons de n'j rentrer qu'après avoir chassé ces barbares , qu'après avoir exterminé ce qui reste de nos ennemis. Dressons nos tentes à cette place ; que l'armée entière s'j rende. Opposons le camp des vainqueurs au camp que nous avons détruit ; et que l'Espagnol, assiégé par nx)us, éprouve à son tour les fléaux que trop long-temps il nous fit souffrir.

Il dit : ses guerriers applaudissent, Alamar approuve un si grand dessein. Ce prince part aussitôt pour aller cbercber le roi Boabdil, pour amener avec ce monarque les troupef, les secours nécessaires. Il vole, arrive à 1 *i*lhambra, répand l'heureuse nouvelle; et le

peuple, les citojens font éclater leur bradante joie. Les portes de la ville s'ouvrent; Boa]> dil, suivi d'Alamar, sort à la tête de ses ba* taillons. La campagne est couverte de Maures, de coursiers traînant dans des chars des armes, des toiles, des vivres. L'armée environne Almanzor, l'appelle son dieu tutélaire, son héros, son libérateur. Le roi lui-même confirme ces noms. Dans l'espace déjà circonscrit mille et mille tentes se dressent. Un magniiique pavillon s'élève au centre pour Boabdil : AlnaanKor et les Alabez se retirent à l'aile droite; Alamar, avec ses guerriers, va se placer à la gauche : l'armée est établie en peu d'heures. Des soldats frais et nombreux occupent les postes avancés; et six mille lannes rangées devant le camp présentent les têtes sanglantes que les féroces Africains ont rapportées du combat.

Cependant les rajons du jour viennent découvrir ce spectacle , et présenter aux Castillans l'horrible image de tant de malheurs. Toutes leurs tentes sont consumées ; les machines , les magasins fument sous des monceaux de cendres; des milliers de cadavres épars nagent dans des ruisseaux de sang. Ici sont des infortunés palpitant encore sous des ruines; là, des giieiriers sans vêtemens ont

^ l^OnZÂLVE DE CORDOUE.

recula mort endormis. Gbac^ue soldat cherche des jeux le frère , l'ami qui lui manque : sa pieuse douleur ç«l trompée à Taspect des troncs mutilés. II roit de loin, sur un fef brillant , la tôte de celui qu'il pleure : il h Toit , détourne là rue en frissonnant d'horreur et d'efiroi.

Ferdinand I Lara, tous les chefs se regardent, n*osent rien résoudre : l'auguste Isabelle en pâlit. Les Castillans intimidés gardent on efirajant silence : la terreur est sur leurs visages; le désordre se met dans leurs rangs; il* tremblent , ils sont prêts à ftiir ; mais Isabelle a su le prévoir. Isabelle , qui connaît les mœurs, le caractère de ses Espagnols, appelle aussitôt la religion au secours de leur courage éteint. Accompagnée de deux saints pontifes, précédée de la grande croix ^ étendard sacré de l'armée , elle va parcourir les rangs.

Amis , dit>elle arec l'accent de la ferrenr, de l'espérance , adorons la main qui nom frappe , cette main nous relèvera. Le Dieu dei armées est avec nous ; pourrait-il laisser la . victoire à des ennemis qui l'outragent? Il vent éprouver ses soldats; il veut tous faire m^ ri ter la récompense qu'il vous destine. Cenx que vous pleurez en sont possesseurs t onî, ceux que moissonna le fer dans cette nuit àé'

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