LIVRE VI. fn
temps. Ton esclaye in*a joint à Gartbame. Instruit que rimpieiAlainar t'ayait fait poursuirre par ses cayaliers , j'allais te chercher chaque jour avec le brave Zélr, le èhef des Abencerragcs , le faillant Omar que tu vois , et le ^ généreux Vélid , qui dans peu doit se rendre ici. Ces dignes amis ^ les seuls qui iioùs restent , ont parcouru, pour te délivrer, nos montagnes et nos rivages. Ils m*ont suivi jusque dans ces lieux , où je revois ma fille chérie , où je retrouve le bien qui me console de tous mes malheurs'.
Zuléma lembrasse de nouveau , salue les deux Abencerrages ; et , s*excus'ant auprès du vieillard de sa fuite précipitée , elle lui raconte comment, les satellites d'Alamar l'ayant enlevée dans leur navire, un guerrier , un prince africain , envoyé par le ciel même , au milieu de la tempête, seul contre tant d'ennemis , Tavait arrachée à leur fureur. •
Où e?t-il? s'écrie Muleî ; où est celui qui sauva ma fille , celui par qui je respire ? Conduis-moi , conduis-moi promptement vers lui ; que je le voie , que je le presse sur mon sein !
En disant ces mots , le vieillard la quitte , et s'avance hors de lui-même. La princesse contemple avec joie ce vif et tendre empressement. Elle te hâte d'appeler Gonialve. Des
ii4 PONZALVE DE CORDOUE.
qu'il parait , le bon Mulei se précipite dans ses bras : O mon jeune bienfiaiiteur , dit-il en le baignant de larmes, tous m'ayez rendu Zulémaj eh! que puis-je faire pour vous? Hélas! autrefois j'étais roi , je possédais une couronne qui peut-être m'aurait acquitté : je ne l'ai plus , je l'ai perdue ; il ne me reste qu'un cœur sensible.
Le héros reçoit ses caresses avec une doa« ceur modeste. 11 rougit des éloges qu'il a mérités , prodigue des respects au père de cell? qu'il aime; et, regardant avec des jeux inquiets les jeunes Âbencerrages , il semble déj^ pressentir qu'il voit en eux ses rivaux. Omar et Zéir l'examinent; le récit de ce qu'il a fait remplit leur cœur d'une secrète envie. Son séjour près de Zuléma les trouble, les rend pensifs; mais leur générosité n'en donne pas moins au vaillant inconnu les justes louanges qui lui spnt dues. Ces louanges dans leur bouche importunent le héros : Zuléma iei ëcoute en baissant les yeux , et sa rougeur , son embarras^ confirment aux Abencerrages, de môme qu'au jaloux Gonzalve , ce que lenr cœur soupçonneux leur a déjà fait redouter.
Tandis que , tristes , inquiets , ils se livreot tous à de sombres pensées , la princesse , qni d'un conp-d'œil a lu dans l'Ame du héros, i«