LIVRE VI
àbencerrages ; et que le vainqueur soit, de Yotre ayeu, l'heureux époux de Zuléma.
A ces mots, les trois guerriers tombent aux pieds de Mulei , qui , se retournant vers sa fille, lui demande son consentement. Zuléma garde le silence, jette un coup- d'oeil rapide à Gonzalye, dont les regards sont baissés vers la terre : elle hésite, elle balance; enfin d'une voix altérée et la rougeur sur le front :
Mon père, dit- elle, je dépends de vous; ma soumission à vos volontés sera toujours égale à ma tendresse. J'estime et chéris les Abencerrages ; leur fidélité pour mon père est un titre puissant sur mon cœur ; mais , en me souvenant sans cesse de ce que vous leur devez , puis-je oubliler ce que je dois moi-même 4 ce généreux étranger ? 11 m'aime , je.ne crains pas de l'avouer : ses vertus et sa valeur le rendent digne d'être le rival des no*bles Abencerrages. Il prétend comme eux à ma main ; comme eux il peut vaince Gronzalve ; et je consens à devenir le prix de cette difficile entreprise, si mon père et ces trois guerriers veulent lui permettre de la tenter.
Ainsi parle Zuléma , qui craint d'en avoir trop dit. Le vieillard approuve sa fille; et
Mi8 GOnZALVE DE CORDOUE.
Gonzalve», muet, immobile, attend pour r^ pondre que Zéir ait parlé.
Votre reconnaissance est juste , reprend ce chef des Abencerrages , et l'amour de ce brare inconnu ne doit pas plus nous offenser que nous surprendre. Nous l'acceptons pour compagnon; nous le verrions même revenir vainqueur avec peine, mais sans jalousie : ce sentiment , trop bas pour nos îimes , ne souiilt point les cœurs où vous régnez. Mais Gouxalve depuis long -temps est notre mortel ennemi ; jamais il n'offensa ce guerrier. Le combat avec un Espagnol doit nous appartenir d'abord-, et, comme cbef de ma tribu, je demande d'être le premier qui sëprouYt contre le Castillan.
Zéir , s'écrie alors Gonzalve avec nn acceni dont il n'est pas maître , sois tranquille , jt te promets que tu combattras le premier : demain, à l'aurore naissante, nous nous mettrons en ^emin. Recevez ici mon serment de vous faire trouver Gonzalve ; et , sans vous disputer les rangs, j'oserais même vous répondre qu'il vous satisfera tous trois.
A ces paroles, prononcées avec des jcnx etincelans, les orgueilleux Abencerrages témoignent une vive surprise; mais le prudent Mulci rompt cet entretien; il confirme f»