‹ Gonzalve de Cordoue; ou, Grenade reconquiseChapitre 79 sur 135 · LIVRE Vî. , lai · texte numérisé non relu

LIVRE Vî. , lai

cet Espa^ol I Ah ! je me réproche , seigneur , de TOUS avoir exagéré sa gloire. Qu'aurais-je dit si je TOUS avais peint dans ce vaisseau battu des vents , environné de la foudre , et moissonnant de votre cimeterre ces redoutables Africains ? Jamais un si grand exploit n'illustra le fameux Gonzalve. S'il en eût été le témoin , c'est lui qui pâlirait devant vous. Prince, vous combattrez pour la même cause , et la récompense en sera plus douce : songez que ma main vous attend ; songez que le plus tendre hjmen doit à jamais unir nos destinées. Je ne m'en cache plus dans cet instant , mes vœux seront pour vous seul. Vous emportez avec vous mon cœur , mon espoir , ma félicité. Si la victoire vous abandonne, iZuléma ne veut point vous survivre ; ce sont mes jours que vous défendrez. L'honneur me commandait peut-être de différer ce aveu; mais il s*agit de vaincre Gonzalve , et ma haine pour ce Castillan , ma reconnaissance pour vous , ne me permettent plus de rien déguiser. Allez attaquer ce guerrier que la seule opinion rend invincible; allez délivrer ma patrie de son plus cruel ennemi ; et songez que , si le triomphe appartient aux amans aimés, c'est vous seul qui deve» le vaincre.

Elle se tait , et demeure surprise de voir le

Oonzalvft. 2." • *

f 21 GONZALVE DE CORDOUE.

héros l'écouter sans transport. Un silence mutuel les rend tous deux immobiles. Gonxalve , la tète baissée , en proie à la crainte, à 1» joie , n'ose risquer par un seul mot de voir éyanouir son bonheur. Mais tromper celle qu^il adore , mais abuser plus ton g-temps celle qui règne sur son âme , est un tourment plus fort que sa crainte ; il tombe tout à coup aux pieds de Zulémâ , tire' son épée , et la lui présente.

Yous haïssez G onzalve, dit-il; vous désire* qu'on termine sa vie : ahî crojez-moi, ne confiez pas à d'autres mains ce que les vôtre» peuvent faire. Percez vous-même le cœur de cet ennemi détesté; l'infortuné Gonzalve est à vos pieds. C'est lui qui sauva vos jours; c'est lui qui , jusqu'ici fier d'un nom que la victoire a peut-être illustré , tremblait de le prononcer devant vous , et mille fois a désiré d'être le plus obscur des mortels pour n'être pas Vohjet de votre haine. ^

A ces mots , la princesse interdite croit être abusée par un songe. Gonzalve a cessé de parler , elle ne peut lui'ré pondre ; elle regarde , elle contemple à la clarté de la lune ce guerrier si grand, si fameux, qu'elle croit voir pour la première fois. Elle fixe ses yeux sur ce fer qu'il lui présente d'une main soumise ,

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