LIVRE VI. ' laS
me ferait expirer d'horreur , qui nous rendrait
TOUS et moi des ennemis implac^lcâ
Nous ennemis !..... Ah I Gonzalye , un frissonnement mortel me saisit en prononçant ce mot. Adieu, adieu, mon libérateur, mon époux , mon unique ami ; employez auprès de Tos rois le crédit que doivent donner tant de yertus, tant de services, pour faire renaître une paix dont je serai la récompense. Jusqu'à ce moment désiré , comptez sur moi , soyez fi-^
dèle , rappelez-vous quelquefois Zuléma «
«.lie pleurera souvent loin de vous.
En disant ces paroles , elle âiit ; le héros, à genoux^ l'arrête en lui jurant mille fois de vivre , de mourir pour elle , de regarder toujours Almanzor comme le frère le plus chéri. Zuléma reçoit ce serment, lui répète adieu d'une voix étouffée , lui jette le voile de pourpre qui retenait ses longs cheveux , et le cœur serré de tristesse , le visage baigné de larmes , elle VA cacher ses douleurs.
Gonzalve , dont l'âme est partagée entre le chagrin de quitter ce qu'il aime et le bonheur de se voir aimé , Gonzalve presse sur son sein le voiie qu'a porté son amante. Ce voile ne le quittera plus : il en fait sa brillante écliarpe , il k couvre de mille baisers ; et , se livrant au doux espoir que la paix peut se rétablir entre
ta6 OiONZALVE DE CORDOUE/ les" deux nations rivales , il brûle déjà d'étrs au camp pour travailler à cet heureux projet, pour persuader Isabelle, pour protéger les prisonniers maures , et les renvoyer à Zuléma.
Tandis qu'il forme ces desseins, il voit lorient se colorer , et songe aux Âbencerragcs. Il court éveiller le fidèle Pedro , lui dit de préparer son départ, et cache à ce vieux serviteur qu'il doit partir avec des ennemis.
Bientôt deux esclaves viennent mettre à ses pieds le superbe présent de la princesse. L'armure, d'un acier brillant, impénétrable et flexible , défend son corps tout entier. Le casque, ombragé de plumes rouges, couvre sa tête charmante sans lui rien dter de sa. grâce. Le bouclier rond et léger , armé d'une pointe aiguë porte pour emblème un phénix avec ces mots : IL h'a point d'égal. Gonzalve suspend la tranchante épée au voile de Zuléma, qu'une «l^aflfe d'or attache à son épaule , et qui repose ainsi sur son cœur. Il saisit la pesante lance, et, conduit par le bon vieillard, il vole au coursier qui l'attend. L'animal , à son aspect , hennit en levant la tête ; son ondojante crinière descend jusqu'à ses genoux; son oeil étincelant de feu semble considérer son maître ^ ses naseaux, J'où sort une épaisse fumée , t'ouvrent , se ferment précipitamment.