LIVRE Vît
iut^ triompher. Il lenvironne , le couvre de §on corps , élèye dans l'air ses pieds menaçans , qu'il présente toujours au vainqueur ; mais , TOjant accourir les Castillans, il fuit, 8e<< chappe à travers la plaine , et disparaît à tous les yeux.
Lara s'approche de âon prisonnier , luf tend la main, le relève, visite sa blessure, qu'il trouve peu profonde ; il lui fait donner un de ses coursiers , lui prodigue tous les respects dus à la valeur malheureuse , et marche avec lui vers les retranchemens.
Le Maure le suit , la tête baissée , sans lui dire une parole , sans proférer une plainte. De grosses larmes tombent de ses jeux , de pro* fonds soupirs s'échappent de son sein. Lara, qui l'observe , pénètre aisément qu'il est oppressé d'un violent chagrin ; il craint d'irriter ses ennuis par des questions indiscrètes ; mais il ne peut résister à cette tendre émotion qu'éprouve toujours son âme k la vue d'un infortuné.
Vaillant ifumi^e, lui dit-il, le hasard et les ténèbres m'ont sans doute favorisé ; ma victoire est bien an-'dessous des e^loits que je vous ai vu faire. Pardonnez au sort des armes , que je ne voulais pas tenter ; supportez avec constance un malheur commun à tous
l4o GONZALVE Dfe CORDOtTE.
les gaerriers. Vos pleurs me reprochent trop douloureusement la faveur que me fit la for- . tune. J'espère et je crains cependant de n'être pas la seule cause de ces pleurs. Seriez-roas séparé d'un ami ? Ah ! personne mieux qae moi ne saurait vous plaindre; personne n'aurait plus de droits à prétendre adoucir vos chagrins. S'ils peuvent être confiés7 je suis digne de les connaître. Vous n'êtes point an pouvoir d'un harbare ; demain*, à l'aube do jour f Lara vous rendra la liberté , si Feidi-< nand veut le permettre.
A ce grand nom de Lara , le Numide relèye la tête : Quoi I s'écrie-t-il , avec une surprise mêlée de quelque joie , je suis prisonnier de Lara! C'est ce héros si fameux que nos Maures estiment autant qu'ils le craignent , c'est hii qui me rend aujourd'hui le plus malheureux des mortels ! Ah ! si vous saviez , seigneur , ce que me coûte votre victoire , vous regretteries de m'avoir vaincu.
Alors le vertueux Lara le presse de lui ra* conter ses peines. Le tendre intérêt qull lui fait paraître , la douce sensibilité qui règne dans ses ^discours , l'attrait mutuel que deux belles âmes éprouvent à la première renconttt , déterminent le jeune Africain. Il espère q«e son récit hâtera 4 instattt de sa liberté j il vwt