LIVRE Vit ;i5J
Nul crime , nnl forfait nëgale à nos yeux celui de porter un regard sur nos épouses , sur nos amantes ; nulle yengeance n'est interdite pour punir cet horrible affront. Prodigues de tous nos biens , doux, paisibles , hospitaliers , nous devenons plus barbares, plus féroces, plus sanguinaires que les lions de nos déserts , aussitôt qu'on veut nous rayir l'objet de notre tendresse.
A peine instruit du crime d'Osman, j'ai résolu de voler à Carthame , pour rester auprès de Zora , pour chercher , pour faire naître l'occasion , l'heureuse occasion d'enfoncer mille fois ce glaire dans le cœur de l'insolent Osman.
J'étais en marche. Hélas! je pensais que notre dernière victoire , l'incendie de votre camp , assuraient plus que jamais ma route. L'idée de revoir Zora , de la rejoindre pour ne la plus quitter , l'espoir de me venger d'un traître , remplissaient mon âme de joie , quand vos guerriers , paraissant tout à coup , m'ont investi de toutes parts. Sans vous je leur échappais peut-être ; mais votre bras .invia* cible a triomphé de mes efforts ; et vous me coûtez , par votre victoire , les plus chers momens de ma vie.
Telle est la cause de mes pleurs. Zori
«56 GOff ZALYE DE CORDOUE.
m'attend, et je suis captif; Osmaa est auprès de Zora , je suis dans les chaînes des Espa^ gnols ; étes^yous surpris de mes larmes ?
Essujez-les , lui répond Lara , je réparerai lei maux que j'ai feults. Je cours demander à mon roi de vous rendre une liberté dont seul je ne suis pas le maître. Mon propre coursier tous conduira dans Carthame, vous reyerrezZora dès le point du jour ; et si , pour prix de mon zèle , vous m'honorez de quelque amitié , ce sentiment me sera plus cher que tous les lauriers de la gloire.
En disant ces 'mots , Us arriyent aux retranchemenSn Lara , reconnu par les gardes , y pénètre aytc son prisonnier. Il Je conduit à sa retraite, le confie à ses seryiteurs, lui prodigue tous les secours qu'il donnerait k son frère ; et , tandis que l'on s'empresse autour du Numide blessé , Lara vatrouyer Ferdinand pour lui rendre compte de sa eourse nocturne.
Le roi d'Aragon , son auguste épouse, étaient dans ce moment au conseil. Un étranger, un inconnu, protégé par la seule litbelle, dont le g^nie ayait démêlé dans cet homme obscur un grand homme , venait exposer aux deux rois ses magnifiques desseins. Cet inconnu, c'éuit Colomb : il proposait 1* découy«rteet la conquête du Nouveau-Monde;