LIVRE VU. tSg
l'arrcte : Zora regarde , et voit les quatre Espagnols immolés par le Bérébére.. Ne doutant plus de son malheur, elle cherche le eoq[>s d'Ismaël , reconnaît son bouclier bnsé , voit la terre humide de sang. Alors elle pousse des cris lamentables, tombe demi-morte sur ces débris » et, dans son affireuxdése^ir , se roule sur la poussière.
Au milieu de ces tristes plaintes, l'infortunée entend gémir un des quatre Espagnols xnourans; elle se lève, court à lui : le mal** heureux blessé respire encore. Zora lui donne ses secours, se hâte de le ranimer; et,tdé# qu*il a repris ses sens , elle se presse de l'interroger sur son combat, sur sa bléssuie, sur ce bouclier resté, sur la terre, sur ce sang dont • elle est couverte. Zora le prie , le conjurede ne lui rien déguiser, de redoubler ou de finir l'kdrrible tourment qu*efle éprouve.
Le sol'daty touché de ses soins, balbutie quelques mots arabes pour se fiûre entendre de l'étrangère. Il lui montre ses^ compagnons, lui dit que o*estun Bérébére qui , seul, attaqué dans sa route , les a £ût tomber sous ses coups. II prononce le nom de Lara , répète que Lara .les a vengés, que ce boucllei' fut brisé par lui , que ce sang est celui du Bérébére verse' i|^r la main de Lara.
t6o GONZALVË DE GORDOUE.
A peine a-t-il adieréoet paroles , que Zon, I Ma» lui répondre, promenant aatoar id'eUe des jeux égat^ , délibère si dans et mosMot elle ne finira pu ses jon^s à la place où périt IsmaëL Mais «lie r&at le venger ; oe désir arrête son bsas- £lle saisct , pijiease a^ree force la main dn soldat espa^ol } et d nne Yoix en«trecoupée : Ami, dît-elle , montre-moî, m* diqne^mei le cheashi du camp , du camp où respire Lara, oe Lara.^.* Ne craina rien , ami , je t'enyeniai tes eompagnons , je veriendcM te •eooarir ^ sî le ciel rent que je reyienne. # Ve eoldat surpris kii Bu>ntre de lom lit route qu'elle d<nt tenir. Zoni reprend soa coursier,. s'a]»andonne à to«tie ut ritesae, et Tezeitant encoro de ralgnillen , tlW ttile , ar^ rire aux retcanohenséns.
Les gardes yéitlcnt l'aiTêter ; mais 2ora n'entend pas lens dris. Ailes, dit-elle, aUes annoncer à rimpitojable Lara que le gouverneur de Gavtàame le défie et Tattend ici. Qn'd ne redoute aucune embûche , je suis seul; et, sfl Youlaît , je combattrais emouré par Touii, S*il n'est le p^Uis lÀché des bonupoes , il ne ta»-' dera pas un instant.-
Les gardes , surpris de tant de hardiesseï se font répéter ces paroles. Ils ne sayest j'iii doivent obéir; mais le respect des Eapagapllp
' " LÏVRE VIL ï6i
^ptmr tout guerrier qui demande la liée , leur en fait ilne loi 9aci^. Un d'entre eux va ohcrdlier Lara. Pendant ce temps, la jeune iifrlcanie, qui ^ mônie dans sa fiireur , ne peut ouhheT les deroirs de la touchante humanité , prend soin d enyojer deux soldatâ auprès dt l«ac compagnon hlessé.
L'ara nëtait point de retour : Ismaël l'attenJdaît encore. Instruit que lé héros est au conseil, lé soldat ényoj^yers lui rèfhse d'aller le troubler. Il s entretient avec le Numide ; il raconta que dana ceitnoment le gouverneur de Cattiiame est venu défier Lara.
A ce nom, Ismaël se lève; ses yeux étinoellentde fureur» Le gonremeurdeCarthame ! a'écrie-t^il hors de lui. Dieu juàte , Va me l'amènea! C'est moi que le perfide poursuit, c'est moi dont il rient demander la tête à mon généreux vainqueur. Chrétien , soufiHras-tu que ton vaillant chef , fatigué du combat et de la course de cette fatale nuit, aille s'exposer oontire ce traître ? Non , si tu aimes Lara, si tu daignes écouter la voix d'un captif qu'il ho< nore de son estime , si tu veux mériter de moi des bienfaits au-dessus de ton attente , tu me psèteras tes armés , tu me conduiras v^s cet Abencevrage, qui n'est venu jiisqu'ici qu'avec
' de sinistiîes desseins , et je te devrai le bon-
i6a pONZAtVE DE CORDOUE:
lienr suprême d'exposer ma yie pour aa Héros'
cher à mon coeur, cher à votre armée.
Il dit. Le soldat balance : Ismaèl le con^ jnre , le presse, détache et loi donne .left bracelets d'or dont ses jambes , ses bras sod^ ornés. Il jnre par le Dieu du ciel de reyenli^ après sa yictoire, de l'excuser auprès de Lara^f il/épond de tout sur sa tête. Le soldat , enfin décidé , se dépouille de ses armes , qu'Ismael reyêt précipitamment. Sa blessure le fait souffrir sous la pesante cuirasse ; mais sa haino pour Osman , mais son ardente jalousie , mais le besoin de se renger, lui font oubliei^a bles^ sure. Il monte le coursier de Lara, baisse la Tisière de son casque, et, guidé pairlesoidat, le îer à la main , le cœur plein de raj^Û^ court aux lieux où son épouse s'irrite de tatot de lenteur, s'indigne, menace, brûle de se baijgner dans le sang.
Dès qu'ils "s'aperçoivent , trompés par la nuit, aveuglés par une fureur, par une haine implacable, qui vient , hélas ! de l'amour, ils se précipitent l'un sur l'autre. Ils se gardent de prononcer un seul mot : tous deux ont on intérêt égal k n'être pas reconnus. Leurs glaives altérés de sang ne parent point les coupâ^'ib se portent , ils cherchent seulement QttrpK* tafe dans le sein de leur ennemi. Mourir îl^t