ACTE PREMIER i
GOURTEBEG.
C'est gentil pour ta femme, ce que tu dis là... Pourquoi n'est-elle pas venue avec toi? Vous vous serez encore disputés.
LAHIREL.
Mais non... nous causions... Tout à coup, Marceline ouvre brusquement la porte ot elle est partie en disant : Ah I bien non, j'aime mieux m'en aller.
GOURTEBEG.
C'est cela, tu auras dit quelque bêtise qui l'aura mise en colère, répète-moi un peu votre conversation.
LAHIREL.
Elle venait de me raconter que depuis quarantehuit heures, elle ne pouvait, quand elle sortait, faire un pas sans trouver en face d'elle, deux espèces de godelureaux, un grand blond et un petit brun.
GOURTEBEG.
C'était gentil à elle de te prévenir. Qu'est-ce que tu as répondu, toi, malin?
Je lui ai répondu qu'au lieu de me parler de ces deux adorateurs-là, qui très probablement n'existent pas, elle ferait mieux de me parler de ceux qui existent réellement.
GOURTEBEG.
Je disais bien, une bêtise... c'est là-dessus qu'elle est partie...
LAHIREL, assis sur le canapé.
Oui, et peut-être qu'en ce moment môme...
f6 GOTTE
GOURTEBEG,
Quoi, en ce moment même, quoi?
LAHIREL.
Il me semble que c'est bien simple, quand un mari lève les bras au ciel en parlant de sa femme.
GOURTEBEG, avec conviction.
Je t'assure que tu as tort d'avoir ces idées-là... D'abord tu te fais du mal, et puis tu os injuste... il n'y avait peut-être au monde qu'une seule femme capable de ne pas te... de ne pas te traiter comme tu le mérites et tu as eu la chance de tomber sur celle-là. Marceline est non seulement la plus gentille, mais aussi la plus honnête petite créature... elle a heureusement pour toi autant de bon sens que tu as toi...
LAHIREL se lève.
Elle a vingt-deux ans et j'en ai cinquante.
Raison de plus pour te montrer aimable et essayer de racheter...
LAHIREL.
Sais-tu à quoi je passe ma vie depuis un an que je suis marié?... Je la passe à regarder ma femme.
GOURTEBEG.
Ça, c'est bien.
LAHIREL.
Quand je l'ai regardée, elle, je me regarde, moi...
GOURTEBEG.
Ça, c'est moins bien...