‹ GounodChapitre 17 sur 42 · P H ILE MON ET BAUCÎS. — MIREILLE · texte numérisé non relu

P H ILE MON ET BAUCÎS. — MIREILLE

Dans la carrière de Gounod, la période qu'on pourrait appeler celle des années 60 marque une espèce de flottement. Quelques ouvrages, inégaux et comme incertains, occupent, sans le remplir, l'intervalle de huit ans qui sépare les deux œuvres maîtresses : Faust (1809) et Roméo (1867). La Colombe, donnée à Baden-Baden, est un agréable et petit opéra-comique de casino. Sur un sujet biblique, je ne dis pas tiré, mais parodié de la Bible, c'est un « grand opéra », plus vide encore qu'il n'est grand, que la Reine de Saba. Quant à Philémon et à Mweille, par la faute peut-être de livrets insuffisants ou maladroits, par celle aussi de corrections, retouches ou reprises fâcheuses, l'une et l'autre partition ne sont charmantes qu'à demi. Les figures mêmes de femme n'y atteignent pas à la perfection absolue. Mais de profil, ou de trois quarts, on prend

encore et Ton prendra toujours plaisir à les regarder.

Autour et sur le socle de la statue de Sapho, le premier acte de Philémon, celui-là seul, formerait, comme les chœurs d'Ulysse, un délicieux bas-relief. Il n'y aurait plus là de « pièce », ou de comédie, ou d' « intrigue », et ce serait tant mieux, étant donné celle que les librettistes ont jugé bon d'ajouter à l'idylle, ou à la « métamorphose » antique, et qui la gâte. Il resterait du moins une série de scènes, ou de groupes sonores, juste assez pour illustrer un épisode, poétique entre tous, du commerce que jadis, avec les mortels, aimaient d'entretenir les dieux.

La mesure et le goût, la vivacité du coloris unie à la finesse du trait, la grâce du sentiment, l'élégance et la pureté du style font un petit chef-d'œuvre de cette illustration légère. « Il est de sel attique assaisonné partout ». Oui, le sel même, ou l'esprit, n'y manque pas. Telle inflexion, tel « tournant » des couplets de Vulcain effleure le ton de la bouffonnerie, ou de la « charge ». Sans arriver encore à la Belle Hélène, la musique en prend ici le chemin. Il y a bien de la poésie dans la phrase de Jupiter excusant Vénus et ses caprices, mais c'est une poésie spirituelle, cum grano salis, où perce, où pointe

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