‹ GounodChapitre 21 sur 42 · PI1ILÉM0X ET BA UC1S. — MIREILLE · texte numérisé non relu

PI1ILÉM0X ET BA UC1S. — MIREILLE

se félicite d'avoir trouvé sur place des teintes sombres et dramatiques, « des harmonies et des timbres couleur chauve-souris ».

« Allons, lui disait Mistral, j'irai pleurer dans un coin en entendant cela... Vous, ajoutait-il, vous êtes venu au monde pour découvrir la Provence. Vous le tenez, votre opéra. »

Hélas ! ce que la Provence et la nature avaient fait, Paris et le théâtre allaient en partie le défaire. De l'opéra que Gounod croyait « tenir », bien des morceaux lui devaient échapper. L'ouvrage ne parut d'abord et jamais ne reparut à la scène, que mutilé, raccourci, défiguré de mille manières, tel en un mot, que ni Fauteur, ni les auditeurs privilégiés de la partition primitive ne purent ensuite le reconnaître. Le spectateur et le lecteur même de la Mireille actuelle y chercherait en vain plus d'une page annoncée et commentée par la correspondance de Gounod.

Nous avons vu qu'il écrivait après avoir visité les Saintes-Mariés : « On n'a plus envie de faire revivre Mireille que parmi les anges du ciel. » Au théâtre, on l'a fait revivre parmi les choristes, pour épouser Vincent. L'œuvre a souffert encore d'autres dommages : la partie fantastique a tour à tour été retranchée ou réduite ; deux rôles accessoires, mais distincts, celui de

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Taven et celui de Vincenette, ont été fondus, ou soudés ensemble. Ainsi, la partition a perdu son équilibre, son harmonie et ses proportions. Pourtant elle offre encore plus d'une esquisse ou d'un fragment délicieux. Un épisode, celui du Rhône, atteint même à la grandeur. Tout le premier acte, à l'exception de la valse obligée — ou plutôt exigée par l'interprète — est digne de Mistral pour le sentiment et, pour le style, en plus d'un passage, de Mozart. Gounod jamais n'a tracé d'une main plus légère des lignes plus déliées et de plus purs contours, que telle phrase de Vincent ou de Mireille. La conclusion du duo : Oh! c Vincent! n'est pas — je ne sais pourquoi — tout ce que, dans une lettre précédemment citée, l'artiste s'en était promis. Du moins, à partir de ces mots : Adieu, Vincent! Adieu, gentil vannier! çt jusqu'aux dernières notes de la ritournelle instrumentale, elle dessine avec les sons une silhouette virginale où, comme sur le front des filles de Provence, un trait, un rayon de la Grèce a passé. Si peu de chose que soit, comme texte, le rôle de Taven, la musique, en quatre ou cinq pages, l'accentue et le colore. « Écoutez-les chante?* et rire », gronde-t-elle au premier acte, gourmandant les magnanarelles joyeuses. Ecoutez-la plutôt ellemême et vous sentirez aussitôt combien les

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notes ici dépassent les mots, ou les débordent, comme elles grandissent le personnage, faisant de la sorcière une pythonisse antique, de ses reproches une imprécation et de sa colère une sorte de fureur sacrée. Ailleurs encore la musique, au risque même de contredire la poésie, la transpose et la transfigure. Ce n'est rien que les couplets, de Taven toujours : Voici La saison, mignonne! ou plutôt c'est quekfue chose, Taven étant l'amie de Mireille, de bienveillant et d'affectueux. Mais c'est aussi, par la musique au moins, et par toute la musique, par le mode mineur, par l'instrumentation, quelque chose de grave et de vaguement troublé: c'est la « couleur chauve-souris » ; dans une œuvre le plus souvent lumineuse, que le soleil emplit de joie et de clarté, c'est un coin de mystère, d ombre et de mélancolie.

Des folkloristes ont fait un grief à Gounod d'avoir ajouté quelque chose au thème populaire de Magali. Il le fallait bien, sous peine de n'en rien faire, ou presque rien, le thème ne se composant que de peu de mesures. Louons plutôt le musicien de s'en être inspiré, de l'avoir développé sans le détourner, d'en avoir su garder au commencement presque la lettre, ou la note, et jusqu'à la fin tout l'esprit.

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Voici le début de la chanson provençale :

Allegretto

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Et voici les premières mesures du duo de Gounod *

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