DEUX MOIS A ROME
21 novembre, veille de la Sainte-Cécile. — « Je me sens aujourd'hui comme à vingt ans. Je vais bien, j'espère que tout ce que j'aime va bien aussi, je suis en plein travail et j'attends de notre sainte Cécile pour notre Polyeucte, avec l'aide de toutes nos prières, la divine assistance que j'espérais d'elle Fan dernier à pareille époque, lorsque je pensais que j'allais avoir à parler d'elle et de son époux. Les rôles sont renversés, mais l'esprit est le même. Priezla donc de menvoyer le sien, dans lequel je vous aime et vous bénis, vous et les vôtres. »
11 décembre. — « Il faut que je vous dise que mon tableau du a Baptême » est fini, revu, repassé, et qu'il me semble que maintenant tout tient bien. Ainsi soit-il... Je crois bien que je bénéficie de vos incessantes prières à tous, car je ne me suis jamais senti aussi appuyé, soutenu, aidé, porté, conduit en toutes choses, que depuis que vous m'avez tressé à vous tous ce câble salutaire, et si fort, et si doux... Quel concile et quelle arche que les êtres qu'on aime et qui vous aiment ! »
Un autre jour encore, du même décembre, Gounod écrivait à sa femme, à propos de la scène du Baptême toujours : « Je ne sais si c'est comme il faut. J'y ai mis toute ma conscience,
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dont je suis sur. Quel dommage qu'on ne puisse voir aussi clair dans le reste, que là ! »
Mais le temps était proche où, môme « là », Gounod verrait moins clair, où sa conscience, dupe et victime d'une illusion déplorable, allait l'abuser et le trahir. L'année que le poète a nommée « terrible » ne le fut à personne plus qu'au musicien. Le i3 septembre 1870, fuyant l'invasion, qu'il n'était plus d'âge à combattre, Gounod débarquait en Angleterre. Vingt ans auparavant, il avait écrit un jour de Londres : <<. Ce ne serait pas ma ville. » Hélas, pendant plus de trois années ce devait l'être, et non pas seulement sa ville, mais, on peut le dire, et lui-même le reconnaîtra quand il en sera sorti, sa prison. Tous les biographes d'hier, après les chroniqueurs d'autrefois, ont raconté par le menu l'histoire de cette « chaîne anglaise ». comme disait l'un d'eux, ou de cette « Gounodyssée », ainsi que s'exprima l'héroïne elle-même. L'aventure eut plus d'une cause et plus d'un caractère. Artistique et sentimentale, sans plus peut-être, du côté de Gounod, elle s'explique chez lui par les raisons, ou déraisons, du cœur et de l'esprit. De l'autre coté, la suite des choses le fit assez voir, des intérêts inférieurs, de l'ordre pécuniaire et commercial, s'y mêlèrent, si même ils n'en furent pas le seul principe et Tunique fin. A