‹ GounodChapitre 27 sur 42 · TROIS ANS A LONDRES · texte numérisé non relu

TROIS ANS A LONDRES

l'origine et comme à la base de Y « affaire ». (il n'y a pas d'autre mot), on trouverait peut-être chez Mme Weldon un élément de sympathie, un attrait pour la musique et le musicien. « On m'avait dit, a-t-elle écrit, qu'il avait été trappiste (!',, que c'était un jeune homme (!!) saint et silencieux. Il n'était pas étonnant que sa musique fût si pénétrée et si divine. » Mais encore une fois; il y eut là. très vite, une « affaire » et, sur cette base, un échafaudage d'intrigues, d'intrigues surtout, s'éleva. Parlant de ses débuts de cantatrice, qui n'avaient pas été heureux, Mm? Weldon en a donné cette raison : « A ce moment-là, je ne me doutais pas que la musique est de la marchandise pure et simple ». Elle devait l'apprendre un jour, et le prouver, aux dépens d'un grand musicien. A ses dépens de plus d'une manière, car dans l'association funeste, on sait tout ce que Gounod a perdu. Quand un journaliste parisien, Henri Rochefort, je crois, qualifiait jadis Mme Weldon de « vieille sorcière », il ne se trompait guère que sur l'âge. Dans le « charme » jeté par elle sur Gounod, il y eut une espèce de magie. Elle « enchanta » littéralement celui de tous les grands artistes contemporains qui fut peut-être le plus candide en même temps que le plus généreux et le plus passionné. Le sortilège dura trois ans. Tavis-

tock-House, l'ancienne demeure de Dickens, fut le théâtre de ce roman extraordinaire. Entre les mains de ses hôtes, de ses « incomparables amis » de ses « anges gardiens », comme il appelait alors le ménage Weldon, Gounod s'était remis tout entier. Il leur avait livré son temps, son génie et son nom, son esprit, son cœur, et jusqu'au soin de sa gloire.

Rien ne serait plus intéressant — et plus indiscret — - que de publier, d'après les lettres du maître, un journal intime de son exil volontaire et de sa longue illusion. On y trouverait, avec des lumières imprévues sur une situation complexe, des preuves toutes morales, mais très fortes, d'une parfaite sincérité. Il s'était opéré dans l'esprit de Gounod un renversement de l'ordre et de la notion du devoir. En proie à toutes les contradictions, trop faible pour les résoudre, il ne cessait d'appeler auprès de lui ceux qu'il avait abandonnés et qu'il refusait d'aller retrouver, sans comprendre qu'ils ne pouvaient, ne devaient pas venir le rejoindre. Ombrageux à l'égard de sa patrie elle-même, il avait écrit pour elle, et même il alla lui faire entendre, à Paris, la noble et consolante élégie de Gallia. Mais quelques jours après, il retournait sur les bords du fleuve étranger.

Il va s'y fixer longtemps et s'y consumer en

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