‹ GounodChapitre 36 sur 42 · SAPHO · texte numérisé non relu

SAPHO

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II y a plus, et des scènes, voire des actes entiers, l'acte du jardin de Faust, dans Roméo lacté du balcon et celui du tombeau plus encore, témoignent d'un véritable partage entre léchant, l'orchestre et le verbe, en un mot entre les formes ou les forces diverses de la musique. Elles interviennent là quelquefois tour à tour et d'autres fois ensemble. Voilà pourquoi ce n'est pas à la saillie d'un caractère unique, mais à la rencontre et à l'accord de plusieurs caractères, que peut se reconnaître l'art ou l'idéal de Gounod.

Si Gounod accorda beaucoup au sentiment, il n'a pas dédaigné le savoir. Parmi ses « pensées » manuscrites, plus d'une a trait à l'influence combinée, et qui s'exerce sur chacun de nous, de ces deux éléments ou de ces deux pôles. « Ils sont, dit-il, comme les deux sexes : le savoir est masculin, le sentiment est féminin. » Le premier ne lui paraissait pas, chez les maîtres, moins admirable que le second. Toujours il a

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proclamé la vertu de la règle et de la loi. Il se plaisait à montrer que les plus grands, les plus libres, alors même qu'ils semblent s'en affranchir, y reviennent par un détour et s'y soumettent. A propos de Bach, il écrit : « Ce qu'on ne saurait trop mettre en évidence, c'est que son audace incomparable est en raison même de la sévérité de sa discipline et qu'il n'y a pas un caprice de sa merveilleuse fantaisie qui ne puisse se résoudre dans les éléments les plus simples et s'expliquer par les principes les plus rigou-

reux1. »

Dans le même ordre d'idées, le lecteur nous saura gré de citer, bien qu'elle soit un peu technique, certaine page inédite où Gounod justifie Rossini, le Rossini de Guillaume Tell (second acte, petit chœur de la nuit) d'une faute, mais d'une heureuse faute, contre l'une des règles élémentaires de l'harmonie. Il s'agit des dernières mesures, descendantes, sur ces mots répétés : Voici la nuit.

« Jamais, écrit Gounod, ce passage n'a choqué ou ne choquera l'oreille de qui que ce soit. La succession des quintes (outre celle des octaves), y est cependant affirmée quatre fois de suite dans une série d'accords parfaits ayant tous pour

i. Choix de Chorals de J. S. Bach (avertissement).

CONCLUSION 2î5

basse leur note fondamentale... Mais remarquons d'abord que cette succession des quatre accords parfaits d'ut majeur, si majeur, la mineur, soi majeur, ne détourne pas une seule fois l'oreille de la tonalité de sol majeur, qui est celle du morceau. Première raison qui empêche les quintes successives de choquer l'oreille. Supposons que le troisième accord eût été la majeur, au lieu de la mineur, la tonalité était rompue. Quant au deuxième accord, celui de si majeur, il est, comme dominante de mi mineur, parfaitement tonal en sol.

« Il faut remarquer de plus que la présence des quatre octaves de suite, qui embrassent les quatre quintes, en adoucit considérablement l'impression, quoique les suites d'octaves soient proscrites par les règles aussi bien que les suites de quintes.

« Mais la raison pour laquelle cette suite d'octaves adoucit l'impression que produirait sans elle la suite de quintes, c'est que, par la présence même de ces octaves, l'effet ressenti par l'oreille est celui d'une suite de sixtes, qui est comme la résultante de l'emploi simultané des quintes et des octaves, c'est-à-dire l'effet suivant :

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