Mémoires d'un artiste
petite fille la mieux douée et la plus courageuse. A Rouen, dès l'âge de onze ans, pour aidor à la vie de famille, que la Révolution avait rendue précaire, elle donnait des leçons de piano, retenant sur ses modestes gains ce qu'il lui fallait pour en prendre elle-même : pour aller en prendre une tous les trois mois, à Paris, avec Adam, le père d'Adolphe Adam et le grand-père du Chalet.
Plus tard, demeurée veuve et sans ressources, Mme Gounod fut obligée de recourir au métier de sa jeunesse. Artiste de plus d'une manière, elle ^rut pouvoir essayer aussi de la lithographie et continua pendant quelque temps le cours de dessin que bon mari avait fondé. Mais bientôt elle dut choisir et l'enseignement de la musique l'occupa tout entière, pour toujours. Gomment elle assura sa vie, celle de ses deux enfants etleur éducation, Gounod l'expliquait en affirmant que certaines âmes « sont une démonstration vivante de la multiplication des pains dans le désert » et que sa mère avait une de ces âmes-là.
Ce n'est pas seulement le pain qu'elle savait multiplier et, du meilleur de son âme, elle forma l'âme autant que l'esprit et le talent de son fils.
J'ai lu je ne sais où, qu'un jour Gounod, interrogé sur sa carrière, en avait ainsi retracé les commencements :