VERTU
Les stoïciens voulaient qu'on la pratiquât pour
elle-même. C'est une ambition au-dessus de
notre nature. Les poètes, plus sages, parce qu'ils
étaient plus humains, blâmaient cette ambition :
... Quis enim virtutem amplectitur ipsam Prœmia si tollas? (Juv. Sat. X).
Dans le fait, nous ne pouvons pratiquer la vertu, sans nous approuver nous-mêmes avec contentement ; c'est une première récompense. Mais comment ne pas compter sur l'approbation de Dieu qui commande d'être vertueux ? Or, l'approbation du souverain bien c'est de faire des heureux : récompense suprême.
« Voir la vertu, et dessécher de regret de l'avoir trahie et abandonnée : c'est l'éternel châtiment des méchants :
Virtutem videant, intàbescantque relictâ. >
(Perse. Sat. III).
Et cependant, singulière faiblesse de la nature pervertie, la peur du dénigrement l'emportait sur les plus nobles motifs de bien faire.
« Pour bien des raisons, soyons irréprochables, afin surtout, de pouvoir mépriser les langues de nos serviteurs ; car le serviteur le plus méchant, n'a rien de pire que la langue :
Vivendum rectè cum propter plurima, tune his Prœcipue causis, ut linguas mancipiorum Contemnas : nam lingua mali pars pessima servi. »
(JXJVENAX. Sat. IX).