G8 PAUVRE
suite, que je ne puis m'empêcher, moi, pauvre avorton, d'imiter un si grand Seigneur.
Jugeons les autres par nous-mêmes, et nous verrons que la prévention, la légèreté, la sottise, l'aveugle passion, sont pour les quatre- vingt dix-neuf centièmes, dans toutes les offenses dont nous nous rendons coupables, à l'égard du prochain, et qu'il reste bien peu de place pour la pure méchanceté. Donc, soj^ons bons et miséricordieux, dussions-nous passer pour les plus bêtes, les plus plats, les plus lâches des hommes. La miséricorde est si bien payée par le grand miséricordieux !
PAf vnF
Chose singulière, le riche était l'objet de la libéralité publique chez les païens.
Éprouvait-il un désastre ? — Sa maison étaitelle brûlée ? — Chacun s'empressait de lui apporter marbres, tableaux, statues, vases, meubles : pêle-mêle, le nécessaire, l'utile et le superflu.
,Le pauvre, réduit à la dernière misère pai un accident quelconque, ne pouvait obtenir,"
PAUVRE ICÎ)
ni le morceau de pain, ni l'abri qu'il mendiait ; il n'avait de refuge que dans les bateaux du Tibre, qu'on faisait couler sous lui :
Ultimus autem j^rumnœ cumulus, quod nudum, et frustra rogantem Nemo cibo, nemo hospitio tectoque juvahit.
(JUVENAL. Sat. III).
Le ciel ne lui était pas plus secourable que la terre. Il y avait des dieux pour tout ; pour les villes, les campagnes, la paix, la guerre, le calme, les tempêtes, la science, la gloire, la vertu, le vice, la fièvre, la peur, etc..
Mais sur trois mille dieux, pas un pour l'infortune. (A. Soumet, Gladiateur).
Que devenir ? — Que faire ? Il n'y a plus qu'une ressource : les armes, pour exécuter les vengeances de la misère désespérée, contre l'inexorable race des jouisseurs et dés repus.
Spoliatis arma supersunt.
(JuVENAL. Sat. VIII).
On peut éteindre le paupérisme, misère enrégimentée sous les mêmes guenilles et les mêmes vices ; on ne fera jamais disparaître le pauvre. Vérité de l'Évangile : Semper enim pauperes habetis vobiscum. — A défaut des accidents qui engendrent la pauvreté dans l'humanité déchue,