PAUVRE
il y aura toujours des volontaires engagés sous le drapeau du roi éternel des pauvres. Sans eux, le Christ ne serait plus représenté soas un de ses aspects les plus touchants
Non, ne nous plaignons pas du nombre des pauvres, comme d'une surcharge que Dieu impose à la société, mais recevons-les comme un cadeau qu'il nous fait. Puisque la charité, reine des vertus, est absolument nécessaire à notre salut, il faut qu'il y ait des pauvres parmi nous. Les pauvres sollicitent notre charité, et l'empêchent de mourir étouffée par l'égoïsme, ce qui arriverait infailliblement, si le précepte cessait de s'incarner, en quelque sorte, dans des personnes vivantes, dont les privations et les souffrances parlent plus éloquemment que tous les principes.
Enlevez les pauvres, et vous défigurez à l'instant même, l'humanité, en lui enlevant deux des traits les plus vifs qui lui donnent une physionomie divine, la privation et l'humiliation, par lesquelles, elle ressemble à Jésus-Christ, la libéralité et le bienfait, par lesquels elle ressemble à la providence
FECHE 171
Tout déchoit dans la nature, sous l'action du péché. Le souffle divin qui alimente la vie humaine, se ret' o à mesure que la chair fait triompher ses iii-Aincts. L'homme C|ui pouvait vivre près de miiie ans, est réduit à cent-vingt ans, aux approches du déluge ; « parce qu'il est chair, » dit le Seigneur : « Non pertnanebit spiritus meus in Jiomine in œternum, quia caro est : eruntque dies illius centum viginti annorum. » {Gen. Cap. VI, 3). Ce phénomène de dégénérescence se remarque en toutes les races. La vie humaine décroît là où le libertinage augmente.
On voit dans la seconde bénédiction que Dieu donne au genre humain, dans la personne de Noé, jusqu'où s'est étendue l'influence du péché.
Les animaux eux-mêmes, sont des êtres déchus. La confiante soumission qui les grandissait, sous Fempire d"un maître innocent, s'est changée en folle terreur, sous la tjrrannie d'un maître pécheur. Et terror vester ac tremor sit super cuncta animalia terrœ. {Gen. Cap. IX, 1, 2).
Brève sit quod turpiter audes. (Juven. Sat. VIII).
Maxime de païen. Le péché ne doit être ni court, ni long. Ju vénal eût mieux fait de dire : Nil turpiter aude. — Quel pas la morale a fait, depuis qu'il a été dit : Abstenez-vous, même de ce qui a l'apparence du péché : Ah omni specie inalâ abstinete vos. (/. Thess. Cap. V, 22).
]\jme (Je Montespan, au temps le plus scandaleux de sa vie, observait si strictement le jeûne du Carême, qu'elle faisait peser son pain. La duchesse d'Uzès lui en faisant malignement la remarque : « Eh quoi, Madame, reprit la Montespan, faut-il donc parce que j'ai le malheur de faire un péché mortel, que je fasse tous les autres ? « M"^*^ de Montespan avait le tort d'être la maîtresse de Louis XIV, plus grand tort encore, d'afficher insolemment son empire adultère ; mais elle faisait preuve de grand sens et d'esprit de foi, dans sa réponse à la duchesse d'Uzès. Une des plus grandes trahisons du démon, dans la perversion d'une âme, est de lui persuader que l'habitude d'un péché, peut servir de sauf-conduit à tous les autres.
Rien de plus propre à mettre un pécheur sur le chemin de Timpénitence finale
Le plus grand nombre de nos péchés nous échappe. Il nous suffit de n'être pas des scélérats, pour que notre conscience se rassure. —
Justice à bon marché. — L'âme sainte ne s'en contente pas. Quand elle s'est appliquée à découvrir ses plus petites fautes, elle a peur de celles qui se cachent, et elle demande à Dieu d'en être purifiée : a Ab occultis meis * munda me. » {Ps. XVIII)
Quel soin nous prenons d'éloigner de nous la mort, et de nous conserver la vie. Mais le malheur est que la mort que nous nous efforçons d'éloigner, n'est pas la mort, et que la vie que nous nous efforçons de conserver, n'est pas la vie.
La vraie mort, c'est la perte, la vraie vie, c'est la possession et la jouissance du souverain bien. Reculons, si nous le pouvons, de dix, de vingt et trente ans, les limites de notre existence terrestre. La belle affaire ! Si le péché nous sépare du souverain bien, source de toute vie, et nous réduit à la triste condition de n'avoir plus qu'assez d'être pour désirer d'en être privé.
Car voilà le misérable état du pécheur impénitent, après cette mort qu'il n'a pu éviter, et cette vie dont il a été si amoureux. Il sera donné en pâture à la mort, et recevra de ses éternelles morsures, tout ce qu'elle a de plus cruel, sans jamais en obtenir ce qu'il y aurait pour lui de plus désirable, l'anéantissement.
Prenons donc soin d'éloigner la mort du péché,