‹ Gouverneur MorrisChapitre 16 sur 150 · I. T. I, p. 281, lettre à Washington, janvier · texte numérisé non relu

I. T. I, p. 281, lettre à Washington, janvier

!\. Mémoires de Mallet du Pan, t. I, p. a/|/i (notes de Mallet) : « Cahier de Gerville voulait et a proposé au Conseil que le roi allât prêter le serment civique à la municipalité avec sa nouvelle garde. Cette infamie n*a pas passé et en plein conseil il a dit des sottises au roi : Comment s'intéresser à cet animal?, dit-il. »

5. T. I, p. 50 : « Le duc de Coigny, l'un des amants (lovers) de la reine, a reçu mandat de ses électeurs do proposer qu'en cas d'accident, la reine ne

3i GOIJVEIINEUR MORItlS

tioii qu'il a le 27 septembre 1789 avec Mme de Flahaut X Nous causons beaucoup des mesures à adopter et celle mable femme montre une précision et une justesse de pensée, peu communes chez l'un ou l'autre sexe. Après discuté bien des ppintes : u Enfin, dit-elle, mon ami, t 9 moi nous gouvernerons la France ' . s C'est une étrange c naison. mais le royaume est actuellement en des mains bien pires. Ce soir elle doit conférer avec le médecin de la reine (Vicq d'Anyr) et le mettre en œuvre pour dissiper quelquesuns des préjugés de Sa Majesté. Je lui dis qu'elle peut aisément dominer la reine, qui est Faible, orgueilleuse, mais qui n'a pas mauvais caractère et qui, bien que lascive, n'est [las très attachée a ses amants ; par conséquent un esprit supérieur prendrait cet ascendant auquel les faibles se soumettent toujours, quoique pas toujours sans résistance. » Mme de Flahaut réplique 0 avec un air de parfaite confiance » qu'elle aurait soirlde fournir à la reine alternativement une succession de galants et de messes et Morris ajoute : « Il est impossible de ne pas approuver un pareil régime et je pense qu'avec une dose convenable du premier remède, elle supplantera 1» médecin actuel^. »

Ce qui attache Morris il la cause de Louis XVI, ce n'est donc point le sentiment, c'est l'idée ; et nous pouvons à cet égard trou\er l'origine et la filiation de ses idées.

Morris l'n .Vmérique, avant la Révolution américaine, a leii^iit au parti tory, et plus lard Jay lui faisait savoir q ennemis lui reprochaient encore les relations qu'il avail ce parti'. 11 avait en haute eslime le gouvernement n

n ^ P. 3o5 : 0 Vu pour la première fois c comt« lie Feieen lioat le mérite cuaiiel' l'air d'un homme 6puitè. »

chique, et en 1781 il écrivait au général Nathaniel Greene : « Je n'ai aucun espoir que notre Union subsiste, excepté sous là forme d'une monarchie absolue, et cela ne paraît pas s'accorder avec le goût et le tempérament de la Nation * . » Mais il avait embrassé avec une fermeté inébranlable la cause de l'indépendance, et avait aussi, en 1787, accepté pour son pays et sans esprit de retour la forme républicaine.

En France, ses goûts et ses principes le portaient vers la monarchie.

Il était avant tout et profondément conservateur. Il a exposé toute sa doctrine à cet égard, en 1802 dans une lettre à Livingston, où il exprime ses craintes à propos du gouvernement américain. Pour lui, ce qui importe le plus dans un gouvernement, c'est sa durée, et sa durée dépend surtout du respect et de l'influence dont jouit la propriété : « La durée d'un gouvernement est peut-être la première considération ; car, quelque bon qu'il soit à d'autres égards, si sa texture est trop faible pour résister, il ne peut être bon à rien. Or, il me paraît que la durée de notre gouvernement dépend humainement parlant de l'influence qu'y acquerra la propriété ; car il ne faut pas s'attendre à ce que les hommes qui n'ont rien à perdre soient aussi bien disposés à soutenir le gouvernement existant que ceux qui ont iin grand intérêt en jeu... Gela dépendra beaucoup de l'union des talents et de la propriété. Actuellement une grande masse de génie et de courage, jointe à une ruse industrieuse, est à l'œuvre pour renverser notre Constitution. Si ces gens ne trouvent pas en face d'eux une phalange de propriété conduite par nos hommes les plus capables, je pense qu'il y aura une mêlée au cours de laquelle beaucoup de grandes fortunes seront mises à la fonte. Le moyen par lequel une populace inconstante peut être aisément amenée à faire le mal» c'est sa haine des riches. Si quelqu'un de ceux-ci suppose qu'il pourra monter au pouvoir par les commotions civiles, il sera grandement déçu. Il paraît cependant probable que la propriété en ce pays continuera à

ÎS GOUVERNEUR MORRIS

ôtre divisée sur les questions politiques, cl, par là, nous pouvons prévoir bien des maux'. »

n est persuadé que c'est une erreur de vouloir introduire de nouveaux principes dans les vieux gouvernements, il le dit clairement après avoir assisté à tout le développement de la Révolution française: k A la vérité, c'est la mode de dire que quand on a reçu une insulle, il est plus honorable d'attendre avec patience le résultat incertain des négociations que de nous faire promptement justice par un acte d'hostilité. Ces sentiments, direz-vous, sont nouveaux ; mais d('^ fendrez-vous à un nouveau monde (l'Amérique) d'user de nouveaux principes etgouvernerez-vousies nouveaux États pur de vieilles maximes? Le contraire de cette proposition, c'està-dire gouverner les vieux Ëtats par de nouvelles maximes, a été essayé en France et le résultat ne doit pas encourager de plus amples eïpériencea '. s

Bien avant cette époque il avait exprime la même idée, avec la plus grande précision, en en faisant une application extrême : « M. Lanskorenski me dît que l'Empereur de Russie a opéré une grande réforme : il a séparé le pouvoir civil du militaire. Je le prends un peu à part et je dis : o Qu'il prenne garde à lui. Le despote qui s'avise de remée dicr aux abus doit se persuader d'abord qu'il est lui-méinc fl le plus grand abus de son empire et que, si une fois on a se met à raisonner sur les abus, on monte facilement à la « source de tous'. »

Il ne poussait point cependantjusqu'à l'absurde cette doctrine qui conduirait à liger les sociétés humaines, à imiter l'immo-

1. T. Il, p. 1j8, Cet espril conservateur n'eiclut point chez Morris

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dée» n«rfoi8 Iris hordiei qui pourraient preique tcmbler à nos conicin

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obre 1789. au momsntoù lopain va manquor il Paris, t. I, p. 191 : «

ourd'hui (16 octobre) je vai> voir M. ^ecker cl je lui eipoie l'idée d

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1er le prii du pain i Paris «n fuisanl lupporter la cliUirence par ceui

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emploient des ouvriers, do sorte que, en estimant le pain h. dem son?

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maître sera obligé, lorsque le pain est à quatre bous, d'allouer par eipn

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deui BOu>. ou trois ou quatre sous additionoels, »

a. T. II, p. Ù3..

3. T. 11, p. >4>. la réplique do Morris est en français dans le te.lc.

LES IDÉES Dp GOUVERNEUR MORRIS SUR LA FRANCE 3;

bilité des institutions chinoises, et en 1797 à Berlin il relève le propos ridicule de la grande maréchale de la cour, qui appliquait, sans sourciller, la théorie pure : <c Je vais au bal du Prince royal à six heures (26 février) et je n'en sors pas avant onze heures et demie, tout le temps sur mes jambes, excepté quelques minutes pendant lesquelles la grande maréchale m'a fait asseoir devant elle pour me dire que la France avait été bouleversée parce que la reine avait mis l'étiquette de côté. Ayant obtenu mon assentiment poli, d'autant plus aisément qu'en réalité la légèreté de la conduite de Sa Majesté avait contribué aux malheurs qui sont arrivés, elle désire me voir prêcher cela à la Princesse royale '. »

En ce qui concerne la France, Morris, outre ses tendances générales, avait une raison particulière d'être attaché à l'ancien gouvernement, bien qu'étant ami de la liberté. Ilapport lit d'Amérique la conviction ferme, partagée par tant d'autres, que les Français ont un tempérament profondément monarchiste. Le 2/4 juin 1789 le lendemain de la fameuse s ''ance royale, La Fayette lui reproche ses opinions réactionnaires : « A dîner je suis placé à côté de M. de La Fayette, qui me dit que je fais tort à la cause, parce que mes sentiments s6nt continuellement cités contre le bon parti. Je saisis cette occasion de lui dire que je suis opposé à la démocratie par égard pour la liberté* ; que je vois qu'ils vont tête baissée à leur ruine et que je voudrais les arrêter si je pouvais^. » Le i'^'' octobre 1789 il chapitre encore La Fayette sur le même point: « Après dîner je le prends à part et lui exprime quelques-uns de mes sentiments sur sa propre situation ; qu'il doit immédiatement discipliner ses troupes (la garde nationale) et se faire obéir ; que cette nation est habituée à être gouvernée et doit être gouvernée ; que, s'il s'attend à les diriger par leur aflection, il sera complètement dupe... Je lui dis la sérieuse vérité que, si le peuple de cette métropole tombe dans le besoin, il enverra au diable ses chefs et redemandera son pain et ses chaînes ; que Paris, dans tous les cas, est la dupe de cette affaire, parce que sa splendeur est due entière-

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