‹ Gouverneur MorrisChapitre 23 sur 150 · I. T. I, p. •>!,.— 3. 1..I..B. atLjaww I7l*'j · texte numérisé non relu

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du sens commun et de rexpérience, ont tourné la tête de leurs compatriotes et ceux-ci se précipitent comme des bêtes furieuses vers une Constitution à la Don Quichotte, comme celle dont vous jouissez en Pensylvanie *. »

Entre les deux révolutions Morris relève donc des différences capitales. Par une observation vraiment profonde, il marque d'abord que les colonies américaines jouissaient depuis longtemps de la liberté politique, et que, dans la guerre de l'Indépendance, elles luttaient seulement pour la conserver. En France il s'agissait de conquérir la liberté, et de s'adapter à ' ce régime nouveau en même temps qu'on luttait contre les forces du passé. Il écrira à Washington en décembre 1 794 : « Pour juger les Français nous ne devons pas avoir recours aux sentiments de l'Amérique pendant la dernière guerre. Nous étions en possession actuelle de la liberté et nous combattions, non pour obtenir, mais pour conserver ses bienfaits. Le peuple élisait ses magistrats pendant que la guerre continuait. La propriété de la nation était engagée dans la révolution et les oppressions qu'elle a occasionnées n'ont été ni grandes, ni extensives, ni de longue durée. Mais en France ils ont été fascinés par une série de vaines espérances, jusqu'à ce qu'ils soient plongés au fond de la misère et de la servir lude 2. » •

Il met aussi une grande différence, non pas seulement entre le tempérament, mais aussi enti'e le degré de vertu des deux peuples^. Il montre (en 1793 et 1794» il est vrai) la France déchirée par la lutte des partis, alors que l'Amérique, grâce à l'union de ses vertueux citoyens qui l'a rendue invincible, jouit de la paix et de la prospérité : « Combien était différente notre situation en Amérique. Chacun remplissait allègrement son rôle, et l'on n'avait rien à craindre, si ce n'est de l'ennemi commun. Telle est l'immense différence entre une nation qui a de la moralité et celle qui est corrompue. La première a tout à espérer et la seconde tout à craindre *. » Et ce passage d'une autre lettre à Washington un peu antérieure :

I. T. I, p. 198. — 3. T. Il, p. 80. — 3. Ci-dessus, p. 19, 4. T. II, p. 60. Lettre à Washington du 12 mars 179^'

« Gomment tout cela finira-t-il, Dieu seul le sait ; mais je crains que cela ne finisse mal. Je ne parlerai pas de ma propre situation ^ Vous estimerez qu'elle est loin d'être plaisante. Je pourrais être populaire, mais- cela ne serait pas bon. Les différents partis passent comme les ombres d'une lanterne magique et être bien avec l'un d'eux vous exposerait, au bout d'un court espace de temps, à la haine inextinguible des autres. Heureuse l'Amérique, gouvernée par la raison, par la loi, par l'homme qu'elle aime, qu'elle adore presque! C'est la gloire de ma vie de considérer cet homme comme mon ami et j'espère être longtemps honoré de ce titre. Dieu vous bénisse, mon cher Monsieur, vous garde et vous préserve ! Votre froid et ferme tempérament est actuellement d'une importance infinie pour notre pays ^. »

C'est peut-être attribuer à la morale, telle qu'on l'entend ordinairement, une puissance exagérée. Mais il est certain que les Anglo-Saxons ont, par-dessus tous les autres peuples, une qualité précieuse qui en a fait les maîtres et les modèles de la liberté moderne. C'est le respect de la loi, sans lequel la liberté politique et surtout la démocratie libre ne peuvent subsister. 11 avait distingué la révolution américaine. Aussi, parlant des désordres qui éclatent en France, Morris écritil en 1791 : « L'Amérique, aux pires de ses jours, était d'une bien meilleure condition, parce qu'au moins la loi pénale était appliquée, sans parler de la douceur des mœurs ^. » Il ne peut comprendre ceux de ses compatriotes qui, comme Thomas Paine, ferment volontiers les yeux sur les excès de la Révolution française : « Je lis aujourd'hui (22 février 1792) la nouvelle publication de Paine * et je lui dis que

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