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LES IDÉES DE GOUVERNEUR MORRIS SUR LA FRANCE 8i
et ainsi dé suite, et se contentait de réunir les membres du comité dans une chambre, leur faisait pour la forme les communications nécessaires et recevait leur approbation, qui allait de soi *. » Il en était de même, par la force des choses, pour les comités de la Convention, sauf que le Président n'existait pas ou était sans fonctions et c'est ainsi que, pour les services qu'ils dirigeaient, Garnot ou Robert Lindet agissaient au Comité de salut public.
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Avant d'aller plus loin et d'entrer dans le drame, on sera peut-être satisfait de savoir si des relations ont existé entre Gouverneur Morris et les trois autres politiques que Taine signale comme ayant, du premier coup et d'un œil puissant, mesuré la portée de la Révolution française.
De Rivarol il ne dit pas un mot, ce qui paraît étonnant : car il a lu certainement le Journal politique national et les Actes des apôtres.
Il a connu Mallet du Pan, qu'il appelle Mallet du Pin^ et parait assez bien au courant de la grave mission dont il fut chargé par Louis XVI en 1792, près des Princes émigrés, de l'Empereur et du roi de Prusse^.
Pour Malouet, Morris l'a bien connu et apprécié à sa juste valeur, bien que leurs vues ne coïncidassent pas quant aux
a. T. I, p. 476: « Nous avons aujourd'hui (i*' novembre 1791) un d!ner fortement royaliste chez M. de Tolozan ; il comprenait M. le comte de Monstier, de Malouet, de Vérieux, Mallet-du-Pin et M. Gilet. » — Cf. p. 555 et t. II, p. 7^. Le nom est toujours présenté sous la même forme.
3. T. I, p. 555 : « Ce matin (20 juillet 1792) Brémond vient me voir et me dit qu'en conséquence du Mémoire qu'il a rédigé d'après mes indications et que Monciel a présente au roi, une conversation a eu lieu entre lui. M, de Montmorin et M. de Bertrand. Il me communique les grandes lignes du manifeste qui doit paraître et désire connaître quelle mesure le roi doit prendre en conséquence. Il me dit que Mallet du Pin est envoyé par Bertrand au secrétaire du (hic de Brunswick. » — Cf. Mallet du Pan, Mémoires, t. I, p. 280 et suiv.
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moyens par lesquel» [wurrail iMre allcinL leur but cnniniuoi Il parle sui'loul de lui à propos d'un projet qu a>oit revi lé en octobre 1791 M- de Monlmorin. Il aagiisait d organiser à c6lé du Conseil des Ministres, un Conseil prive compose d'hommes tont dévoti<^ au roi et dont Malouet aurait été un des membres'. Ce. plan ne pliiisait pas a Morris inai^ il lui fournit l'occasion de rendre hommage au caraotere de Ma looet: B M. de Montmorin m'a ri'peli? ce malin ce quil m'avait déjà conlîé une fois, à savoir qu il Lonsidiri, comme absolument indispensable que la reine soit priscnte a la dis cussion (les afTaircs du Cabinet cl qu a cet iIIlI il > ait un Conseil privé où Malouet serait admis Je n en ^uis pas t uli lité et je ne comprends pas ses mollis b 1! s attend a gou verner eu petit conseil par le moyen deMjlouet, il ne connaît pas son homme, ou. du moins, je le croîs*. »
A ia même époque Morria raconte une discussion qu'il eut avec Malouet chez Mme de Staël. 11 s'agissait d'une question très importante, et. des deux hommes d'Ktat, ce n'est pas l'Américain qui parait avoir été le plus clairvoyant: «Je trouve ce soir (alj octobre 1791} MM. de Malouet et de Moustier chez Mme de Staël. Le premier dit qu'il a donné à Montmorin le conseil de quitter son poste. 11 dit que le garde des sceaux tient le roi en constante alarme et le gouverne par ses craintes, de aorte que M. de Monin o in n'a plus que très peu d'influence. Il dit que je suis dat a I erre de croire que cette Constitution tombera d'elle-mf e <. 1 orcta x : que les ressources tirées des assignats jjcu eut durer u 1 temps considérable ; qu'en retardant Jcs liq dat o s on peut ajourner le moment de la détresse ; que les m pots ne sont pas trpp
I. T. 1, fi. i^GB: u il (Monlmorm) me <1U que ton osur ehL [iluinstqaïl a besoin rlf [s i)âclinr|;(ir : qii.', La Miiirk <^laiit pnrti. il n'ii [iltis (jrie mm à
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mal payés, etc. Je persiste dans mon opinion, bien qu'il soit maintenant évident que les puissances étrangères ne feront rien. En vérité je suis persuadé que leurs elîorts auraient tendu plutôt à maintenir qu'à détruire le nouveau système, parce que généralement l'humanité résiste à la violence*. » Mais il est un écrivain français, que Morris a connu, dont il estime fort la sagesse et le jugement et dont Taine n'a pas tenu compte. C'est Marmontel. J'ai déjà eu l'occasion de rapprocher ses pensées de celle de Morris, et elle se présentera encore plus d'une fois dans la suite. Voici comment Morris l'appréciait : « Nous nous promenons dans les jardins des Tuileries (32 janvier 1790) avec Mme dePlahaut et M. de Saint-Pardou, puis nous dînons chez le comte de Montmorin. M. de Marmontel est là... On cause beaucoup des affaires publiques. Marmontel est du même avis que moi -. » Il l'oppose aux autres littérateurs français, qui croient en l'homme abstrait et parfait : « Marmontel est le seul homme que j'aie rencontré parmi leurs iiterati qui paraît comprendre le sujets » Voici un second jugement sur le même, court mais bon: ce Ce matin (29 janvier 1791) j'écris et à midi je vais prendre Mme de Ghastellux. Nous allons à Choisy et dînons avec Marmontel. H pense sainement (soM/irf/j)*. »
Enfin il est un homme qui fait naturellement partie de ce groupe d'esprits et que j'introduirai parfois au Conseil. C'est l'abbé Morellet, l'ami des philosophes, le « mords-les » de Voltaire. Il était en correspondance suivie avec un homme d'État anglais, lord Shelburne, son patron et son ami. Or cette correspondance, qui va de 1772 à i8o3 et qui comprend, par suite, toute la période révolutionnaire, a été publiée en 1898 par lord Edmond Fitzmaurice^. Il était en relation avec Morris, comme cela résulte d'une de ses lettres'*'. Mais surtout
3. T. I, p. 378. Lettre à Washington, janvier 1790. /i. T. I, p. 377.
5, Lettres de l'abbé Morellel, de l' Académie française à lord Shelburne, depuis marquis de Lansdowne^ 1 772-1803, Paris, Pion, éditeur.
6. Lettres, etc., p. 299 : « Le 20 février 1790. My lord, chaque lettre que je reçois de vous ajoute à ma respectueuse reconnaissance. Je répons en même
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leura idées se rencontraient sur bien des pointa. Ainsi que Morris, il est considéré comme réactionnaire, après avoir mené la charge contre l'ancien régime a après avoir été appelé anglotnane et mauvais citoyen pendant près de quarante ans>. Parlant des défauts qu'il relève dans ta Constitution de 1791. 11 il l'aiit que vous sachiez, écrit-il, que les hommes qui ont te moindre regret que ces quatre précautions n'aient pas été pri>ies, sont re qu'on appelle des aristocrates et, signassent-ils d'ailleurs de leur sang tous les principes du gouvernement civil de Locke et ceui de Sidney et de toutes les Constitutions de l'Amérique, qu'en cette qualité il ne tient pas à beaucoup de nos politiques les plus accrédités qu'on ne les pende et qu'on ne pille et brûle leurs maisons' ». Il faut d'ailleurs noter que non seulement Morcllct était ami de Loménie de Bricnne. mais qu'en politique il partageait les idées des physiocrates. Il préférait aux Etals généraux l'Assemblée nationale que voulaient ceui-ci, compo^ de délégués élus par les Assemblées provinciales, électives elles-mêmes, le droit électoral reposant sur la propriété foncière'. Voici comment le 30 scptcijibre 1788. parlant de la convocation des Etats ^'néraux demandée par les Parlements, il disait : « Les gens raisonnables et modérés craignent que ce ne soit là un obstacle à rétablissement des administrations provinciales et surtout s la fonnation d'un corps tire de ces administrations et qui serait vrriïinent une représentation nationale parfaite, [ondée sur la propriété et bien meilleure, à mon avis, que la
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