‹ Gouverneur MorrisChapitre 39 sur 150 · Il est rentré à Paris le i3 septembre 1789, t. I, p. i · texte numérisé non relu

Il est rentré à Paris le i3 septembre 1789, t. I, p. i

LES ÉTATS GÉNÉRAUX. L'ASSEMBLÉE CONSTITUANTE i35

l'Assemblée aux 5 et 6 octobre 1789. Ce furent ces deux journées qui creusèrent la brèche. Mounier, Lally et un certain nombre de leurs amis quittèrent l'Assemblée et résignèrent leurs pouvoirs. Ceci était ihi fait, un acte que relève le Journal : « 12 octobre. Environ cinquante membres de l'Assemblée nationale se sont, dit-on, retirés; parmi eux de Mounier et Lally-ïoUendal ; cela fera quelque sensation si cela- est vrai*. » Cependant ce n'était point une bonne manœuvre et Morris le reconnaît lui-même quelques jours après. C'est le 2 novembre et c'est encore pour lui une soirée bien remplie, ce Je vais ensuite aii Palais-Royal pour dîner avec la Duchesse d'Orléans. J'arrive en retard et j'ai fait attendre le dîner une demi-heure. Je m'excuse en disant que j'attendais les nouvelles de l'Assemblée nationale, et cela est vrai, vu que je suis resté quelque temps au Louvre pour voir l'évêque d'Autun, qui n'est pas venu. Nous dînons bien et agréablement avec aussi peu de cérémonie que cela est possible à la table d'une personne de si haut rang. Après le café je me rends avec Mme de Ségur aux appartements de Mme de Chastellux. Le maréchal nous lit une lettre de M. Lallv-ToUendal à ses commettants, qui est calculée pour ne pas faire beaucoup de bien à l'Assemblée nationale. Cela ne fera pas non plus grand bien à l'auteur, car le roi, en faveur de qui a lieu la manœuvre, a besoin de ceux qui peuvent rendre l'Assemblée utile plutôt que de ceux qui s'en absentent^. » C'était aussi l'opinion de Malouet qui, quelque difficile que fût sa position, continua à siéger dans l'Assemblée. « Je regardai, dit-il, l'Assemblée comme dissoute (après le 6 octobre) et l'obligation de donner nos démissions comme imposée à tous les députés honnêtes. » Mais, à une réunion tenue chez Bergasse, il fit entendre la voix de la raison et de la bonne politique : <c J'observai toutefois, et il l'ut convenu par la pluralité que nous ne donnerions point nos démissions partielles mais en masse lorsque nous serions assurés que trois cents députés au moins avaient pris des passeports. Cette mesure ne pouvait être utile qu'en apprenant à la nation que la majeure partie

de ses représentants, privés de la liberté dans tous leurs suffrages, ne pouvaient plus remplir leur mission. Mounier et Lally n'admettaient point ces tempéraments... Pour moi, j'attendis jusqu'au 9 octobre. Vingt-six députés, pendant trois jours, avaient pris des passeports ; je me décidai à rester. — A peine Mounier fut-il arrivé à Grenoble qu'il s'aperçut du progrès de la puissance du parti démocratique. Ses amis euxmêmes n'osaient prendre couleur. Ils furent au moment d'être arrêtés, M. de Lally et lui, obligés de se réfugier en Suisse ' . »

C'est après ces faits que Morris expose à Washington, en janvier 1790, la situation politique et l'état des partis, a Le roi est prisonnier à Paris et obéit entièrement à l'Assemblée nationale. L'Assemblée peut être divisée en trois parts. L'une, appelée les aristocrates, comprend le haut clergé, les représentants de la loi (pas les hommes de loi 2) et ceux des nobles qui pensent qu'ils doivent former un ordre à part ; une autre partie qui n'a pas de nom et qui comprend toutes sortes de gens réellement amis d'un gouvernement libre. La troisième est composée de ceux qu'on appelle ici les enrages, c'est-à-dire les madmen. Ceux-ci sont les plus nombreux et de cette classe qui est connue en Amérique sous le nom de la chicane (jpettijogging lawyers), avec en même temps une armée de curés et beaucoup de ceux qui dans toutes les révolutions soutiennent le drapeau du changement, parce qu'ils ne se trouvent pas bien. Ce parti, en alliance étroite avec la populace, tire de cette circonstance une grande autorité. Ils ont déjà tout mis hors des gonds... Le torrent roule, irrésistible, jusqu'à ce qu'il se soit épuisé lui-même. Les aristocrates n'ont ni chef, ni plan, ni conseils, mais sont prêts à se jeter dans les bras de quiconque s'offrira. Le parti moyen, qui est bien intentionné, n'a malheureusement puisé ses idées sur le gouvernement que dans les livres ^. »

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